Transitions & Energies

«Le sous-sol est un élément essentiel de la transition énergétique»

Usine géothermique

Article publié dans le N°2 du magazine Transitions & Energies.

Entretien avec Jérôme Porfirio, directeur du pôle de compétitivité Avenia, qui organise tous les ans, à Pau, les GeoEnergy Days.

Les GeoEnergy Days sont devenus une manifestation majeure pour la promotion et le développement des technologies du sous-sol en matière d’énergie. Ce succès est notamment le fait d’un pôle de compétitivité, le pôle Avenia, regroupant à la fois des entreprises de toutes tailles et de maturités très différentes et des organismes universitaires, de recherche et de formation. À tel point que l’écosystème créé suscite aujourd’hui l’intérêt de plusieurs pays étrangers qui souhaiteraient s’en inspirer.

Transitions & Énergies : Quelle est la genèse du succès des GeoEnergy Days, qui cette année [en 2019] avaient 11 pays représentés, et qui au cours des dernières années ont mis enavant successivement des délégations de la Norvège, de l’Iran, de l’Algérie et en 2019 du Sénégal. En 2020, ce sera au tour de l’Azerbaïdjan. ?: 

Jérôme Porfirio : Nous organisons depuis 2015 une convention d’affaires qui depuis deux ans a pris de l’ampleur pour devenir les geo-Energy Days.  Cette montée en puissance est parallèle avec le développement du pôle Avenia et la prise de conscience de l’intérêt de toutes les technologies du sous-sol pour la transition énergétique. Le pôle Avenia s’est construit sur l’utilisation du sous-sol pour accélérer la transition. il a été créé en 2010 avec pour premier objet de développer le stockage en sous-sol du CO2. Et à partir de la fin de l’année 2012, il a considérablement élargi son domaine d’activité à la géothermie, au stockage souterrain en général, au pétrole et au gaz, aux géosciences et même aux mines et carrières et à l’hydrologie. Vous remarquerez que ces deux derniers métiers ne sont plus dans l’énergie. Notre logique consiste à associer et à fertiliser toutes les compétences, les moyens, les savoir-faire de l’exploitation du sous-sol.

T&E : N’est-il pas compliqué d’associer les entreprises qui travaillent dans les énergies fossiles et celles qui entendent promouvoir des sources d’énergies décarbonées ?

P. : Pas du tout. Au contraire, et c’est ce que nous essayons de faire comprendre. D’une part, les entreprises qui sont dans les énergies fossiles ont bien intégré le fait qu’elles doivent progressivement s’orienter vers des énergies de moins en moins carbonées et des modes de production et d’exploitation plus propres et ensuite, leurs technologies et leurs moyens financiers peuvent et doivent être utilisés pour la transition.

Juste un exemple, il s’agit de géothermie. L’an dernier à Cachan, pour la première fois en France, un forage pour aller chercher de l’eau chaude a été dirigé horizontalement. Cette technique existe depuis 50 ans dans le pétrole. Pourquoi ne pas utiliser ce savoir-faire? Le nouveau monde ne peut pas se construire sans l’ancien.

Nous ne sommes pas dans une opposition artificielle ou idéologique entre les énergies fossiles et les autres. L’une des raisons, je crois, de notre succès est que nous sommes dans une logique purement technologique et économique. Nous nous positionnons en tiers de confiance et en garant de l’argent public. Nous portons des jugements qui sont uniquement techniques. Nous sommes une technopole dont la vocation est d’animer et de développer un réseau autour des technologies du sous-sol.

Ce que nous cherchons à faire est d’intégrer intelligemment les nécessités du développement durable et de la transition énergétique à des techniques et des entreprises qui ont développé pendant des décennies des compétences dans le sous-sol, notamment dans les énergies fossiles.

T&E : Un des savoir-faire, indispensables à la transition énergétique, le stockage de l’énergie, fait partie des technologies mises en avant par le Pôle Avenia depuis son origine et les GeoEnergy Days. Le stockage dit géologique, dans le sous-sol, estpourtant méconnu du grand public comme desdécideurs politiques.

P. : Cela ne se sait pas, mais nous disposons en France de capacités de stockage géologiques considérables. il s’agit d’un élément stratégique important de sécurité des approvisionnements de la population. Nous avons une dizaine de sites dans le pays capables de stocker suffisamment d’énergie pour absorber les besoins du pays lors des pics de consommationq uand il y a un hiver rigoureux et même en cas de problème géopolitique qui viendrait perturber des approvisionnements. Ces capacités de stockage naturelles concernent aussi bien le gaz naturel, le méthane issu de la biomasse, la chaleur, l’air comprimé ou même l’hydrogène. Sans parler évidemment du stockage et de la séquestration du CO2. Ce sont des technologies et des entreprises qu’il faut promouvoir.

T&E : Comment voyez-vous l’avenir des GeoEnergy Dayset du Pôle Avenia ?

P. : Notre ambition est de continuer à nous développer. Nous allons renforcer encore nos équipes et ouvrir des représentations à l’étranger. L’événement est en train d’acquérir une vraie dimension internationale. Nous sommes sollicités par de plus en plus de pays intéressés par les entreprises et leurs compétences, et également par le modèle même du pôle de compétitivité Avenia. Maintenant, la partie la plus difficile pour nous se trouve paradoxalement en France. C’est celle de l’influence. Comment faire comprendre aux décideurs, aux personnes engagées et aux médias le caractère indispensable des technologies et des métiers du sous-sol pour la transition énergétique. Neserait-ce que dans la production de chaleur, avec la géothermie, et dans le stockage naturel de l’énergie sous de nom-breuses formes.

Propos recueillis par Éric Leser

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