Soulagement sur le marché pétrolier, mais rien n’est encore gagné et réparer les dommages prendra du temps

9 avril 2026

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Detroit Ormuz image Wikimedia Commons
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Soulagement sur le marché pétrolier, mais rien n’est encore gagné et réparer les dommages prendra du temps

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Donc tout est bien qui finit bien... Pour le moment, ce n'est pas vraiment le cas. Autant le catastrophisme des dernières semaines sur la crise énergétique mondiale était exagéré, souvent à dessein, autant il serait prématuré de dire que le choc est surmonté. Les prix du baril de pétrole et du gaz naturel ont baissé de près de 15% après l’annonce d’un cessez-le-feu de 15 jours entre d’un côté les Etats-Unis et Israël et de l’autre la République islamique d’Iran, mais les contours d'un arrêt durable des hostilités restent très très flous, entre autres sur l'étendue et la pérennité de la réouverture du détroit d’Ormuz. En tout cas, la perspective d’une rupture d’approvisionnement en pétrole et plus encore en produits pétroliers raffinés et en Gaz naturel liquéfié (GNL) semble s'éloigner. Mais même si le cessez-le-feu se transforme en fin pérenne des hostilités, il faudra des mois, voire des années pour le GNL, pour effacer les dommages subis par les installations énergétiques dans l’ensemble du Golfe persique. Quoi qu'il arrive maintenant, la guerre aura un impact durable sur l’offre d'hydrocarbures, sur les marchés et sur les prix. Il est pour l’instant impossible de le mesurer précisément.

Les marchés financiers et les gouvernements ont poussé un immense soupir de soulagement après l’annonce le 7 avril en fin de journée à Washington d’un cessez-le feu de 15 jours entre d’un côté les Etats-Unis et Israël et de l’autre la République islamique d’Iran. Les questions politiques, militaires et énergétiques sont très loin d’être réglées mais la réouverture au moins partielle et apparemment chaotique du détroit d’Ormuz à la circulation des tankers et des méthaniers et l’arrêt promis des frappes sur les installations pétrolières et gazières du Golfe persique devrait permettre d’éloigner pour le moment la perspective d’une rupture d’approvisionnement. Nous n’en sommes donc pas, comme le clamait Fatih Birol, le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), dans une crise « plus grave que celles de 1973, 1979 et 2022 réunies ». En faisant dans le catastrophisme, l’AIE gagne en visibilité ce qu’elle perd en crédibilité…

En tout cas, les cours du pétrole ont fortement baissé mercredi 8 avril en début de journée et le baril de Brent est passé en l’espace de quelques minutes de 109 à 94 dollars, soit un recul spectaculaire de près de 14%. Et il est reparti ensuite légèrement à la hausse et se trouvait autour de 97 dollars le jeudi 9 avril en début de journée compte tenu des grandes incertitudes sur la pérennité du cessez-le-feu et la réalité de la réouverture du Détroit d’Ormuz. Rappelons que les cours du baril de Brent étaient à 72 dollars le 27 février à la veille du déclenchement des hostilités. Pour ce qui est du gaz naturel, la référence en Europe, Dutch TTF, a perdu près de 15% après l’annonce du cessez-le-feu pour revenir à 45,3 euros le MWh.

Le gouvernement Lecornu tente de faire oublier son impuissance

Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui avait jusque-là étalé son impuissance face à l’envolée des prix des carburants à la pompe en France, s’est empressé d’annoncer qu’il « veillera » à ce que les prix des carburants baissent « aussi vite qu’ils sont montés ». Selon Olivier Gantois, le président de l’Union française des industries pétrolières, les prix des carburants pourraient perdre de « 5 à 10 centimes » le litre « très rapidement ». Ils ont augmenté de 40 à 60 centimes depuis le 28 février. Sébastien Lecornu a également évoqué « des mesures réglementaires » prises par le ministre des Transports « pour permettre des acheminements logistiques exceptionnels la nuit, le week-end et permettre, ici ou là, de régler les problèmes d’approvisionnement » dans les stations-service.

L’agence maritime internationale (OMI), qui est rattachée à l’ONU, a annoncé travailler à un mécanisme assurant la sécurité du transport maritime dans le détroit d’Ormuz et donc à la réalité et la pérennité de la réouverture de la voie de navigation par où transitait avant la guerre environ 20 millions de barils de pétrole et de produits raffinés par jour et 20% des exportations mondiales de GNL (Gaz naturel liquéfié). D’après les calculs du cabinet spécialisé Kpler, les flux de brut et de produits pétroliers raffinés traversant  le détroit d’Ormuz sont tombés d’un peu moins de 20 millions de barils par jour à quelque 2,6 millions en moyenne depuis le 1er mars. Mais compte tenu des possibilités de contournement, notamment par deux oléoducs dont celui Est-Ouest en Arabie Saoudite vers la mer Rouge, Kpler estime que les exportations quotidiennes de brut des pays du Golfe sont revenues au total de 15 à 7 millions de barils. Une perte à laquelle s’ajoutent 3 millions de barils de produits pétroliers issus des raffineries. Dans le même temps, l’agence d’information sur l’énergie du gouvernement américain (EIA) estime que l’Arabie saoudite, l’Irak, le Koweït, les Emirats Arabes Unis, le Qatar et le Bahreïn ont fermé des puits ayant une capacité de production de l’ordre de 7,5 millions de barils de pétrole quotidiens.

Selon le Président américain Donald Trump dans un message publié sur son réseau Truth Social, l’Iran a accepté « l’ouverture totale, immédiate et sécurisée du détroit d’Ormuz ». Ce qui n’est pas exactement ce que dit la République islamique qui parle « d’une ouverture limitée et contrôlée ». Téhéran a d’ailleurs bloqué à nouveau le détroit le 8 avril après des attaques israéliennes massives au Liban, qui fait partie de l’accord de cessez-le-feu selon l’Iran et pas selon les Etats-Unis et Israël. Il faut s’attendre à de nombreuses autres péripéties compte tenu des positions de départ totalement différentes avant le début des négociations qui commenceront le 11 avril au Pakistan. Et puis en 47 ans d’existence, l’Iran des mollahs n’a jamais négocié quoi que ce soit de bonne foi…

Plus de 800 navires bloqués dans le Golfe persique

En tout cas, « les navires bloqués dans le golfe Persique partiront dès qu’il sera sûr de le faire », a déclaré… sans surprise Jakob Larsen, le responsable de la sécurité du Conseil maritime baltique et international, une des plus grandes associations d’armateurs. Mais « quitter le golfe Persique sans coordination préalable avec les Etats-Unis et l’Iran comporte des risques accrus et n’est pas conseillé », a-t-il ajouté. Selon les estimations, il y aurait plus de 800 navires bloqués dans le golfe Persique dont 426 tankers (pétrole) et 19 méthaniers (GNL, Gaz naturel liquéfié), selon Marine Traffic. Il faudra du temps pour qu’ils en sortent. Selon Kpler, à la date du 7 avril  les pétroliers coincés dans le Golfe persique avaient embarqué 172 millions de barils de brut et de produits raffinés.

s’ils sont libérés, la pression sur les prix des hydrocarbures devrait pouvoir continuer à baisser. Mais  les conséquences à court et moyen terme des dommages infligés aux raffineries, aux réservoirs, aux terminaux portuaires, aux complexes de liquéfaction de gaz et aux puits qui ont dû être fermés brutalement ne vont pas disparaître du jour au lendemain. Ils laisseront des traces pendant des mois voire même des années pour le GNL.

Car le Qatar a vu son installation de liquéfaction, la plus grande au monde, celle de Ras Laffan, touchée par des frappes iraniennes et ses capacités de production réduites d’environ 20%, au moins. Deux trains de liquéfaction ont été détruits sur 14 et il faudra des années, entre 3 et 5 ans, pour les reconstruire compte tenu du faible nombre de groupes industriels capables de fabriquer une chaîne de liquéfaction et de leurs carnets de commande remplis pour des années.

Le sérieux problème de Kérosène

Autre problème immédiat, celui du kérosène pour alimenter l’aviation. Le retour à la normale des approvisionnements en kérosène à l’échelle mondiale prendra des mois, même si l’Iran rouvrait dès aujourd’hui le détroit d’Ormuz, avait averti le 7 avril, dans une déclaration à l’agence Reuters, Willie Walsh, le directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA).

Tout cela car le marché mondial des produits pétroliers raffinés, notamment celui du kérosène et dans une moindre mesure du diesel, a été plus impacté par la fermeture du détroit d’Ormuz que celui du pétrole brut. C’est lié au fait que bon nombre de pays, notamment en Europe et en Asie, importaient des produits pétroliers raffinés en grandes quantités du Golfe persique. Et de nombreuses raffineries ont été frappées et endommagées dans la région et mettront des mois avant de pouvoir retrouver leurs pleines capacités.

Selon les données de l’IATA, les prix du kérosène ont ainsi augmenté de 132,1% par rapport à l’année dernière, pour s’établir en moyenne à 209 dollars le baril. Au niveau régional, c’est en Asie que les prix du kérosène sont les plus élevés à 228 dollars le baril et l’Europe suit de près à 217 dollars.

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