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Pour Shell, le déclin du pétrole est devenu une réalité

Pour Shell, le déclin du pétrole est devenu une réalité

Le déclin du pétrole a souvent été pronostiqué au cours des 50 dernières années et ne s’est jamais réellement produit. Au contraire, la consommation n’a cessé d’augmenter dans le monde y compris l’an dernier, en 2018. Les annonces du «peak oil», la limite de capacité de production de pétrole dans le monde, ont été encore plus nombreuses depuis les années 1970 et ont toujours été fausses… L’industrie pétrolière elle même est entrée dans le jeu en multipliant la communication sur la transition énergétique, le climat, l’après-pétrole… Dans une chronique publiée par l’agence Bloomberg, l’expert David Flicking se souvient des propos tenus en 1997 par John Browne alors Directeur général de BP (British Petroleum) qui promettait «action et solutions» au réchauffement climatique et bouger «au-delà du pétrole». Il était parti à la retraite dix ans plus tard après avoir réussi une OPA sur Amoco et avoir plus que doublé les réserves de pétrole et de gaz de BP…

David Flicking relate une rencontre il y a quelques jours entre le Directeur général de Royal Dutch Shell, Ben van Beurden, et des investisseurs. Le discours est le même au mot près que celui entendu il y a plus de 20 ans. «Shell va prospérer avec la transition du système énergétique mondial». Mais il ajoute, «ce qui est différent est que la société semble accorder ses investissements avec ses discours».

Ainsi, la norme officieuse pour les groupes pétroliers est de détenir au moins dix ans de réserves de production de pétrole. Les réserves de Shell sont aujourd’hui très inférieures à ce minimum de dix ans. Elles représentaient à la fin de l’année 2018, huit ans et demi de production. C’est extrêmement inhabituel. La seule «major» pétrolière à avoir vu ses réserves descendre sous les dix ans est l’ENI, brièvement en 2006…

En fait, le pétrole et le gaz ne sont plus la priorité de Shell. Sur les 10,5 milliards d’investissements supplémentaires programmés entre 2021 et 2025, seulement 1,5 milliard seront consacrés au pétrole et 2 milliards au gaz. Le reste sera mis dans la production d’électricité. Shell a pour ambition affirmée de devenir le plus important producteur d’électricité au monde dans les années 2030.

Et il ne s’agit pas d’un simple effet d’annonce qui sera rapidement oublié. Le processus de transformation totale de Shell est engagé. La société va verser 25 milliards de dollars par an à ses actionnaires entre 2021 et 2025 et investir dans le même temps 30 milliards de dollars par an.

Alors de deux choses l’une, soit Shell lâche une activité qui reste à la fois lucrative et dont la décroissance n’interviendra pas avant de nombreuses années. Et les actionnaires de Shell pourront le regretter même si la société leur versera beaucoup d’argent. Soit Shell a compris avant les autres grands groupes pétroliers que la transition vers l’après pétrole sera brutale et ce sont les actionnaires des autres groupes pétroliers qui peuvent commencer à s’inquiéter.

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