L’association QuotaClimat avait pour vocation initiale à sa création en 2022 d’inciter les médias audiovisuels à beaucoup plus traiter des questions climatiques. Il s’agissait d’imposer « un quota d’informations environnementales » dans l’audiovisuel à hauteur de 20% de temps d’antenne. Mais QuotaClimat s’est donnée rapidement une toute autre mission, lutter contre ce qu’elle appelle la désinformation environnementale dans les médias.
Elle le fait via un « Observatoire des médias sur l’écologie » créé l’an dernier avec le financement du ministère de la Culture, de l’Arcom, de l’Ademe et de la Fondation de France… Il utilise un algorithme d’intelligence artificielle pour analyser le contenu médiatique et détecter les cas de « désinformation climatique » et de « discours d’inaction». Le problème est que QuotaClimat fait sciemment un amalgame douteux entre le climato-scepticisme et le débat nécessaire et légitime sur la politique énergétique du pays.
Censurer un débat nécessaire et légitime sur la politique énergétique
QuotaClimat considère ainsi comme étant du climato-scepticisme le fait :
-de questionner l’utilité et le coût des investissements dans les renouvelables intermittents (éolien et solaire) pour décarboner une production d’électricité qui l’est déjà à 95% en France,
– de relever les échecs répétés de la rénovation énergétique des bâtiments, de MaPrimRénov’ et du DPE (Diagnostic de performance énergétique),
-de s’interroger sur l’impact social et l’exclusion de populations défavorisées résultant de la création des ZFE (Zones à faibles émissions) dans les métropoles,
-de souligner les risques économiques et industriels liés à la volonté d’imposer la voiture électrique en seulement quelques années,
-de considérer que la France doit rester un grand pays de production agricole,
-de dénoncer une transition énergétique vouée à l’échec car construite sur la contrainte et la stigmatisation plutôt que sur la pédagogie et la conviction.
L’association QuotaClimat a parfaitement le droit de contester des prises de positions, des informations qu’elle juge dommageables et même mensongères sur les questions climatiques et énergétiques. Le problème est quand QuotaClimat entend que sa vérité devienne une vérité d’Etat imposée par les institutions de la République. Elle a ainsi multiplié les saisines auprès de l’Arcom… Vingt-deux en tout depuis 2023, dont trois avec succès : une amende de 20.000 euros contre CNews en août 2023, une mise en demeure partielle contre Sud Radio en décembre 2023, et une réprimande contre Radio Classique en février 2025.
Des appels au boycott de la Fondation de France
Et c’est là que le rôle de la Fondation de France devient problématique. Que vient faire la première institution philanthropique française, financée notamment par des dons fiscaux et des legs, dans une tentative partisane de censure du débat sur la transition énergétique ? La Fondation de France a d’ores et déjà versé 200.000 euros à QuotaClimat qui seront complétés « par un dernier versement de 100.000 euros en 2026, à l’achèvement du projet ». Le projet en question vise à étendre le contrôle de l’audiovisuel à la presse écrite !
Au point que le 22 octobre dernier, lors d’un colloque organisé à l’Assemblée nationale par QuotaClimat portant sur la lutte contre « l’essor de la désinformation climatique », Agnès Pannier-Runacher, ex-ministre de la Transition écologique, s’était sentie obligée de se démarquer du discours ambiant et de déclarer être « contre toutes les formes d’atteintes à la liberté de la presse. On ne peut pas définir une forme de bien-pensance ». Plus récemment encore, un autre ancien ministre de la Transition écologique, François de Rugy, s’est insurgé contre la volonté de QuotaClimat de contrôler les médias, une « forme de police de la pensée ».
Il ne faut donc pas s’étonner si depuis quelques temps apparaissent sur les réseaux sociaux des appels à boycotter la Fondation de France accusée de sortir totalement de sa mission et de devenir l’instrument d’un combat idéologique.
Un pseudo comité d’experts
D’après notre enquête et celle du Point, en deux ans QuotaClimat a obtenu plus de 800.000 euros de subventions, sans parler des financements d’acteurs industriels et financiers engagés dans la transition énergétique. Parmi les contributeurs publics figurent l’Arcom, l’autorité publique de la communication (28.000 euros en 2024), l’Ademe, l’agence publique de la transition énergétique (125.000 euros via un appel à projet) et même le ministère de la Culture et de la communication (350.000 euros dans le cadre du plan France 2030). Tout cela pose un sérieux problème sur l’utilisation de l’argent public. Une autorité et une agence publiques financent une association qui dénoncent les propos climatiques et énergétiques qu’elle juge déviants, notamment auprès de cette même autorité. Et tout cela avec la bénédiction et les fonds du ministère de la communication.
Et puis il y a donc la Fondation de France. Elle tente de se justifier par le fait que Quotaclimat disposerait d’un comité d’experts censé garantir une approche « scientifique, neutre et objective ». Le comité en question ne compte aucun spécialiste de l’énergie ou du climat. Il comprend un sociologue, une analyste du discours, deux informaticiens, un expert en lacs et un spécialiste des transitions diplômé en littérature chinoise.
Les liaisons dangereuses
Que fait la Fondation de France dans cette galère ? « La Fondation de France est née [en 1969] de la volonté du général de Gaulle et de son ministre André Malraux de créer un outil pour mobiliser la générosité privée au service de l’intérêt général », explique Axelle Devazac, directrice générale de la Fondation depuis 2016. On est très loin de QuotaClimat ! Il y a deux mois dans Le Point, des dizaines d’élus et de journalistes signaient un texte condamnant la « police médiatique » qu’entend imposer QuotaClimat.
Dans la dernière version de ses statuts, publiée au Journal Officiel le 4 mars 2025, les missions de la Fondation de France comprennent, entre autres, « l’adaptation au changement climatique et la défense de l’environnement ». Mais est-ce que cela recouvre la censure et le contrôle de la parole médiatique et publique sur la politique énergétique ? Il est permis d’en douter…
Et puis la Fondation de France est certes privée et indépendante, mais sa mission tout comme ses liens organiques forts avec l’Etat devraient l’inciter à ne surtout pas être partisane. Parmi les 17 membres qui constituent son Conseil d’administration, on retrouve des représentants des ministères de la santé, de l’éducation nationale, de la culture et de la transition écologique et de la Caisse des dépôts et consignations et de la Banque de France. Deux commissaires du gouvernement, désignés par les ministères de l’intérieur et de l’économie, assistent aux séances du Conseil d’administration et peuvent auditer son fonctionnement.
Les remontrances de la Cour des comptes
Le Président du Conseil d’administration de la Fondation de France est Pierre Sellal. Diplomate, ancien Ambassadeur de France, il occupe cette fonction depuis mai 2017. Son mandat a été renouvelé en mai 2025. Il a aussi été le Président du club « Le Siècle » qui est un emblème de la nomenklatura française et de son entre-soi et associe dirigeants politiques, économiques, culturels et médiatiques.
En septembre 2021, un rapport de la Cour des comptes jugeait insuffisant le contrôle par la Fondation de France des centaines d’entités abritées en son sein dont elle est financièrement et juridiquement responsable. Ce rapport s’interrogeait notamment sur l’accroissement constant du nombre de fondations abritées. Il était passé de 775 en 2014 à 888 en 2019. Ce nombre est de 982 en 2025.
Et manifestement, le contrôle pose toujours question… Car comme l’écrivait la Cour des comptes : « les critères de l’intérêt général, ou encore les principes de fonctionnement des fondations reconnues d’utilité publique (FRUP), sont pleinement applicables à la Fondation de France et, a fortiori, aux fondations abritées. Or, les modalités de fonctionnement des fondations abritées et le contrôle exercé par la Fondation de France ne garantissent pas que ces différentes exigences essentielles soient toujours bien remplies ».














