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La Russie a découvert en Antarctique les plus grandes réserves de pétrole au monde


La découverte par une mission d’exploration russe de gigantesques réserves de pétrole sous l’Antarctique inquiète. Elle pourrait lancer une course au contrôle de cette région du monde protégée normalement par un Traité signé en 1959 de toute exploitation économique et de tout conflit géopolitique.

C’est une information qui est passé relativement inaperçue. Et pourtant, elle met fin, si besoin en était, a toutes les supputations récurrentes et autres annonces apocalyptiques annonçant des pénuries de pétrole. Si un jour le monde atteint le fameux « peak oil » (pic pétrolier), ce sera du fait d’une décrue de la demande, pas de l’offre. Pour preuve, la Russie vient de découvrir des gisements gigantesques de pétrole sous le territoire britannique de l’Antarctique.

Selon des documents présentés au Comité d’audit environnemental de la Chambre des communes du Royaume-Uni le mois dernier, la découverte a été faite par des navires de recherche russes dans la mer de Weddell, partie de l’Antarctique revendiqué par le Royaume-Uni. Les réserves découvertes sont estimées à environ 511 milliards de barils de pétrole, soit 10 fois la production d’or noir de la mer du Nord au cours des 50 dernières années…

Un potentiel réel toujours inconnu

Pour donner un ordre d’idée, les plus importantes réserves prouvées de pétrole dans le monde se trouvent respectivement, selon les chiffres de 2022, au Moyen-Orient (871 milliards de barils), en Amérique latine (331 milliards de barils), en Afrique (119 milliards de barils), en Russie (80 milliards de barils), en Amérique du nord (65 milliards de barils), en Asie centrale (39 milliards de barils) et en Chine (27 milliards de barils). La découverte russe propulserait soudain l’Antarctique au deuxième rang mondial. Et cela représente également presque le double des réserves connues de l’Arabie saoudite, le pays avec le deuxième plus grand potentiel prouvé de pétrole au monde derrière le Venezuela, dont les réserves de l’ordre de 300 milliards de barils de pétrole lourd sont bien plus difficiles à traiter et exploiter.

Et le potentiel pétrolier total de l’Antarctique est encore inconnu avec des explorations très incomplètes et sommaires. A cela il y a une bonne raison. L’exploitation des hydrocarbures en Antarctique est strictement interdite. Depuis la signature du Traité de l’Antarctique en 1959, le continent est réservé uniquement à des activités non économiques et pacifiques et ne peut être ni « le théâtre ni l’objet de différends internationaux ». Voilà pour les principes juridiques… Et voilà pourquoi la découverte russe suscite des inquiétudes.

« Concurrence stratégique »

Car depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, la détérioration des relations entre Moscou et le monde occidental « suscite une concurrence stratégique » entre les pays, qui sera « de plus en plus forte dans l’Antarctique » a affirmé devant le Comité d’audit environnemental de la Chambre des communes Klaus Dodds, professeur de géopolitique au Royal Holloway College. Ces tensions existent déjà très clairement. La Russie et la Chine ont bloqué les tentatives des autres pays signataires du traité de l’Antarctique d’étendre les zones marines protégées.

Sept pays, dont la France, l’Argentine, l’Australie, le Chili, la Nouvelle-Zélande, la Norvège et le Royaume-Uni, ont des revendications territoriales sur l’Antarctique. Elles ne sont pas reconnues par la plupart des autres pays dans le monde. Le Chili et l’Argentine ont des bases permanentes habitées en Antarctique pour appuyer leurs revendications territoriales.

La rédaction