RTE (le Réseau de transport d’électricité) a révisé ses scénarios de consommation électrique pour 2035. La trajectoire basse s’établit désormais à 505 TWh et la fourchette haute à 580 TWh, contre 525 TWh et 640 TWh annoncés il y a deux ans. En 2024, la France a produit 539 TWh pour une consommation de 442 TWh, le reste étant exporté. Notre consommation reste atone, 6% en dessous de son niveau de 2017. La production couvre donc déjà largement la fourchette basse du scénario 2035.
En 2024, l’éolien terrestre et maritime additionnés au solaire ont généré 72 TWh, soit 13% de la production. Au 30 septembre 2025 la puissance installée de ces filières atteint 55,6 GW. Mais ce chiffre seul ne reflète pas l’ampleur de la dynamique engagée. La programmation antérieure a fait émerger un portefeuille massif de projets pas encore raccordés et absents du débat public bien que cette donnée soit mise en ligne par l’administration.
Une production de 600 TWh en 2035
Ces projets attendent leur raccordement à RTE ou à Enedis. Pas moins de 120.000 installations solaires et plus de 900 installations éoliennes sont dans la file d’attente, représentant 36 GW de solaire et 17 GW d’éolien terrestre et maritime. En théorie ce stock conduirait à un doublement des capacités éoliennes et solaires d’ici 2035, pour atteindre une puissance supérieure de 72% à celle de notre parc électronucléaire. Mais tous les projets n’iront pas au bout.
En intégrant l’évolution probable du nucléaire, de l’hydraulique et du thermique, et même avec un abandon de plus des deux tiers des projets non encore raccordés il est raisonnable de considérer qu’une production de l’ordre de 600 TWh en 2035 est parfaitement réaliste. Un tel niveau couvre la fourchette haute de consommation du scénario 2035.
Cette estimation raisonnable est faite en prenant, comme l’a fait la PPE3, une production de seulement 54 TWh d’hydraulique (contre 75 TWh en 2022) et une production nucléaire de 400 TWh (ambition d’EDF). Elle garde pour la production thermique le talon bas observé en 2024 et ne retient que 70 TWh d’éolien (contre 161 TWh minimum pour la PPE3) et 50 TWh de solaire (versus minimum 91 TWh dans la PPE3).
Installer des équipements pour les arrêter, faute de débouchés
La PPE3 avait aussi pour objectif de maintenir la France en situation exportatrice. Mais les flux d’exportations restent structurellement limités par les interconnexions. Et nous avons la capacité de rester fortement exportateurs au moins pour les années qui viennent.
Un déploiement trop rapide conduirait à installer des équipements pour… les arrêter dès leur mise en service, faute de débouchés. C’est pourquoi l’Académie des sciences a appelé à ralentir, position partagée par la présidente de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
RTE a présenté le 9 décembre 4 scénarios de développement des EnR. Les deux plus ambitieux correspondent aux niveaux haut et bas de la PPE3. Même les deux scénarios plus modérés ajoutent une puissance telle que sans écrêtement la production augmenterait entre 40 TWh et 50 TWh en 2030, et 70 TWh et 100 TWh en 2035. C’est bien moins que l’option basse de la PPE3 mais cela amplifiera néanmoins les besoins de modulation nucléaire et d’écrêtement. Ainsi l‘écrêtement pourrait être étendu aux installations renouvelables de plus de 1 MW contre seulement celles de plus de 10 MW actuellement.
Concentrer l’action publique sur la consommation, pas la production
Une planification responsable impose de concentrer l’action publique sur la consommation électrique – véhicules électriques, pompes à chaleur, industrie – et d’éviter un nouvel investissement massif de production tant que la consommation ne retrouve pas le niveau de 2017 de 480 TWh, ce qui prendra plusieurs années. Pour éviter des investissements prématurés inutiles qui devraient être subventionnés par l’État ou les consommateurs.
Si la consommation augmentait réellement, alors seulement se poserait la question d’un relèvement des capacités renouvelables et du développement accru du stockage. Ces technologies peuvent être déployées rapidement. Un responsable du secteur indiquait récemment pouvoir installer 15 à 20 GW de solaire sur les seuls parkings en moins de dix-huit mois.
L’argument du « soutien aux filières industrielles » est brandi pour justifier les investissements. Mais c’est aux entreprises de s’ajuster aux réalités du marché : la débâcle récente de l’hydrogène rappelle le prix exorbitant d’une politique industrielle déconnectée des fondamentaux techniques et économiques.
Les hypothèses présentées au printemps sont donc officiellement obsolètes. Publier la PPE3 par décret en plein mois d’août — comme l’envisageait l’ancien ministre de l’Industrie — n’avait aucune légitimité.
Le Premier ministre a annoncé des décisions d’ici la fin de l’année. Mais avec ces nouveaux scénarios il serait utile de marquer une pause pour rétablir de la rigueur, avec un nécessaire débat parlementaire. Investir au bon moment exige de sortir enfin de l’improvisation !














