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Pourquoi le gisement de gaz de Groningue aux Pays-Bas ne sera pas exploité

Pourquoi le gisement de gaz de Groningue aux Pays-Bas ne sera pas exploité


Le gisement de gaz de Groningue aux Pays-Bas contient des réserves très importantes. Elles pourraient théoriquement compenser les importations russes pendant plusieurs années. Mais l’exploitation du gisement provoque des mini tremblements de terre et le gouvernement néerlandais ne reviendra pas sur sa décision de l’arrêter définitivement.

La politique énergétique de l’Europe a aujourd’hui une priorité absolue, réussir tant bien que mal à se passer du gaz russe et s’approvisionner à n’importe quel prix à d’autres sources. Mais il est impossible de remplacer en quelques mois des approvisionnements qui représentaient 40% de la consommation européenne. Non seulement, construire les infrastructures nécessaires au transport du gaz est un processus complexe, mais il n’y a tout simplement pas de production disponible suffisante dans le monde.

450 milliards de mètres cubes

Voilà pourquoi le gigantesque gisement de gaz aux Pays-Bas, à proximité de la province septentrionale de Groningue, le plus grand d’Europe occidentale, suscite autant d’intérêt. Il y a près de 450 milliards de mètres cubes qui reposent sous un sol argileux et mou. Cela suffirait à remplacer la totalité des importations de gaz russe par l’Europe pendant trois ans. Le temps de trouver des approvisionnements alternatifs pérennes. Oui, mais cela ne se fera pas. Car l’extraction du gaz à Groningue, même si c’est une technologie conventionnelle et pas la fracturation hydraulique utilisée pour extraire le gaz de schiste, présente de sérieux risques. Elle provoque des mini tremblements de terre.

Les spécialistes évaluent à plus de mille le nombre de secousses recensées dans cette zone depuis plus de 30 ans. Ces tremblements de terre ont créé d’importants dégâts au fil du temps. Des milliers de maisons ont été endommagées. La population locale proteste depuis des décennies contre la poursuite des forages.

Compte tenu des décisions prises par le gouvernement néerlandais, seule la quantité négligeable de 6,5 milliards de mètres cubes de gaz pourra être extraite jusqu’à l’automne 2023. Le gouvernement a ordonné l’arrêt définitif de l’exploitation d’ici à 2028 au plus tard.

Depuis les années 1970

La situation était très différente dans les années 1970. A l’époque, le pays associé à une filiale du géant pétrolier et gazier Shell extrayait du sol jusqu’à 88 milliards de mètres cubes par an (en 1976). Cette production a été si profitable à l’État néerlandais que Groningue a reçu le surnom de «distributeur de billets du pays». Les recettes générées au fil des décennies sont estimées (aux prix actuels) à 416,8 milliards d’euros. Mais depuis le début des années 1990, les nombreuses secousses telluriques et l’abondance de gaz bon marché importé ont condamné peu à peu Groningue.

Sauf que depuis l’invasion de l’Ukraine, les sanctions européennes contre la Russie et les contre sanctions qui de fait ont mis fin aux exportations de gaz russe, le gisement de Groningue a pris une toute autre importance. Comme le montre l’étude récente de Rystad Energy, avec Groningue et sans Groningue, le risque de pénurie n’est pas du tout le même cet hiver et les suivants.

En dernier ressort

Sauf que le Premier ministre néerlandais Mark Rutte refuse d’en entendre parler. Il a clairement indiqué que les Pays-Bas ne poursuivraient pas la production de gaz à Groningue et a également démenti les rumeurs selon lesquelles le chancelier allemand Olaf Scholz lui aurait demandé d’intensifier l’exploitation du gisement. Le ministre de l’Énergie allemand, Robert Habeck, a lui officiellement suggéré à son collègue néerlandais, Rob Jetten, de reprendre de plus belle l’exploitation de Groningue. Ce à quoi ce dernier a répondu, comme l’ont rapporté les médias néerlandais, que l’Allemagne devrait plutôt penser à prolonger l’exploitation de ses centrales nucléaires.

Les Pays-Bas n’envisagent de relancer la production à Groningue quen dernier ressort, si des infrastructures vitales, comme les hôpitaux, risquent de manquer de chauffage. «Seule cette éventualité peut justifier les risques pris pour la sécurité de la population de Groningue», a déclaré le secrétaire d’État chargé des Mines, Hans Vijlbrief. Pour faire face à une éventuelle pénurie d’énergie, le gouvernement de Mark Rutte a déjà décidé de faire tourner à nouveau à plein régime les trois centrales à charbon du pays.

L’Europe a dans son sous-sol à Groningue aux Pays-Bas et aussi sous forme de gaz de schiste en Allemagne, au Royaume-Uni et en France, même s’il est presque interdit de le faire savoir, des ressources de gaz importantes. Mais elle se refuse à les exploiter car cela présente des risques environnementaux importants. C’est un choix politique.

 

 

 

La rédaction

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