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«Le potentiel français en géothermie est prouvé»

Le groupe Arverne a déposé à la fin de l’année dernière une demande de permis
 de recherche afin d’explorer le potentiel géothermique et de production de lithium dans une zone au nord de l’Alsace. Il ne s’agit pour cette entreprise que d’une première étape. Car combiner la géothermie, une énergie renouvelable non intermittente, et l’extraction de lithium, indispensable à la transition et aux batteries, ne semble offrir que 
des avantages. Et le potentiel notamment en Alsace et le long du fossé rhénan
 est considérable. L’Allemagne entend bien aussi l’exploiter. Entretien avec Pierre Brossollet, président du groupe Arverne.
Article paru dans le numéro 9 du magazine Transitions & Energies.

T&E : Arverne, via sa filiale spécialisée en géothermie et lithium, Lithium Geothermal de France, a déposé en décembre dernier auprès des services de l’État une demande de permis exclusif de recherches de gîtes géothermiques pour la zone dite «Les Sources» qui se situe au nord de l’Alsace. Qui est Lithium de France?

Pierre Brossollet : Permettez-moi une réponse un peu longue. Lithium de France est d’abord une société alsacienne, avec un siège à Bischwiller et qui projette de croître locale- ment à travers des projets qui mobilisent et valorisent l’éner- gie, la chaleur, la géothermie et l’extraction du lithium pour créer une forte valeur ajoutée et des emplois dans un terri- toire. LdF est ensuite une filiale du groupe Arverne, créé sur l’idée que le sous-sol doit jouer un rôle déterminant dans la transition énergétique. Arverne a pour ce faire réuni des com- pétences fortes en géosciences, et priorisé des projets d’im- portance dont la géothermie et l’extraction de lithium bas carbone.

Enfin, LdF comme le groupe Arverne, chemine sur la voie de l’entreprise à mission avec, nous l’espérons en fin d’année, une raison d’être résolument tournée vers les enjeux et donc nos engagements envers la décarbonation généralisée.

Quelles sont vos ambitions et vos espoirs avec ce projet?

Nos espoirs et nos ambitions sont dans la droite ligne des objectifs européens et français de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Et les risques financiers importants que prend aujourd’hui l’entreprise reflètent notre niveau d’engagement. Mon espoir est tout d’abord d’accompagner le développement de la géothermie, parent pauvre des énergies renouvelables et qui pourtant possède des atouts majeurs, associés – e risque zéro n’existant pas– à des aléas que nos experts ne manqueront pas d’adresser. Cela requiert audace et capacité à fédérer investisseurs et politiques autour d’un objectif que tout le monde sait nécessaire mais dont peu perçoivent la géothermie comme l’indispensable complément aux options plus classiques comme l’éolien et le solaire.

Notre ambition est celle, pas moins, de devenir le porte-drapeau français d’un modèle de géothermie chaleur totalement novateur, à l’échelle d’un département, puis d’une région et enfin d’un pays. Identifier des ressources géothermales exploitables, trouver des clients pour la chaleur –agriculture, industrie, chauffage– et partenaires financiers, industriel et publics pour créer des réseaux d’énergie bas carbone et de valeur

Le lithium contenu dans les eaux géothermales d’Alsace du Nord est une valeur significative ajoutée au développement de la géothermie, et est en quelques sortes, consubstantiel. Car les ressources géothermales –les réservoirs d’eau chaude de profondeurs– sont riches en lithium, ce qui per- met de créer un modèle économique intéressant au service de la transition énergétique : la chaleur pour créer une valeur ajoutée localement et le lithium pour approvisionner des acteurs clé de l’énergie verte comme les fabricants de batteries.

C’est l’ADN même d’une start-up que de rester à l’écoute voire à l’affut de tout ce qui créerait de la valeur et éviterait en même temps ce que j’appellerai un gâchis écologique si ces projets n’étaient pas menés à terme. Ce modèle demande patience, diplomatie, créativité et une forte technicité dans des métiers complexes et font appel à autant d’humilité que de perspicacité. Je suis en ce sens très fier de l’embryon d’équipe que nous avons su réunir pour ce projet en Alsace du Nord.

À la fin de l’année dernière, la société Fonroche a dû arrêter en urgence un projet similaire de géothermie profonde à Vendenheim, toujours en Alsace, à la suite d’une activité sismique provoquée par ses forages. Est-ce que votre projet pourrait aussi provoquer des séismes?

Remettons cette situation dans un contexte. En raison de sa géologie, l’Alsace est une région d’une activité sismique naturelle significative, classée zone 3 sur 5 par le zonage sismique, c’est-à-dire en activité sismique naturelle modéré. Dans le cadre du suivi sismologique des projets de géothermie, un état de référence de la sismicité naturelle est réalisé en déployant, sur le territoire exploré, des capteurs supplémentaires à ceux du ReNaSS (Réseau national de surveillance sismique) et qui permettent d’améliorer la sensibilité générale du dispositif de surveillance.

Cette activité sismique consistant à des événements, imperceptibles pour la population car de magnitude très faible sont le signe de l’activité tectonique naturelle du fossé rhénan supérieur. C’est d’ailleurs une précieuse source d’information pour un opérateur comme Arverne, car une partie de cette sismicité pourrait être liée à la circulation naturelle du fluide géothermale à travers les failles et les réservoirs gréseux, et donc être révélateur des zones à fort potentiel géothermique. Pour leur part, les projets de géothermie en boucle fermée ayant comme objectif la circulation de l’eau géothermale (l’eau est réinjectée après avoir transmise sa chaleur), s’accompagne d’une sismicité dite « induite », résultat de cette circulation des fluides. Cette sismicité a été constatée sur tous les projets de géothermie moyenne et haute enthalpie (plus de 90 dé- grées). L’expérience de plus de trente-cinq ans de géothermie en Alsace du Nord a permis d’identifier les mécanismes et cer- tains des paramètres conduisant à l’émergence de cette sismi- cité induite comme la profondeur, la pression et le débit de réinjection du fluide.

À la différence de l’opérateur que vous mentionnez, le projet porté par Arverne se fera à des profondeurs deux fois moins importantes. Notre projet diffère également car nous ne recherchons pas une température très élevée (qui pousse naturellement à forer toujours plus profondément) mais bien à atteindre les zones où se trouve l’eau géothermale et à valoriser la température qui sera trouvée.

In fine, les sismicités naturelle et induite sont tels des battements du cœur qui indiquent, en l’occurrence, l’état du réservoir et ce que nous pouvons en attendre en termes de production. Pour maîtriser la sismicité induite, il faut avoir une excellente radiographie du sous-sol (une imagerie haute résolution de la géologie et des failles), un bon stéthoscope (un réseau dense de capteurs pour la surveillance sismologique) et maîtriser le dosage (une pression et un débit de réinjection permettant de maîtriser la sismicité). Les projets géothermiques qui ont respecté ces règles de bon sens n’ont aucun problème et ne présentent aucun danger.

Fort de cette analyse et en toute humilité, nous mettrons en œuvre un programme exploratoire et un programme de suivi du réservoir qui permettra d’assurer une production pérenne et sûre de cette énergie renouvelable.

Pierre Brossollet
Pierre Brossollet

Quel est le modèle économique de l’exploitation envisagée ? Qui sont vos clients possibles?

Notre modèle est par excellence celui dont l’industrie, l’agriculture et l’habitant ont besoin : approvisionner une chaleur naturelle, verte et non intermittente. Aujourd’hui produire la chaleur –pour une serre, pour le chauffage, pour l’usine– nécessite principalement du gaz, une énergie hydro- carbonée. Être capable de fournir de la chaleur 100% renouvelable et pérenne est révolutionnaire. Cette chaleur sera produite sans déséquilibrer les écosystèmes en place, et sans déplacer la pollution ou le bilan carbone à d’autres pays et continents. La chaleur de la terre, inépuisable et transmise dans des conditions environnementalement acceptables et économiques. C’est la géothermie de demain et la mission de LdF.

Où se trouve votre projet?

Notre premier permis exclusif de recherches de gîtes géo- thermiques (PER), actuellement en instruction auprès des services de l’état, est situé sur un territoire d’environ 170 km2 situé dans le nord de l’Alsace, dans le département du Bas- Rhin (67). Au total, 26 communes sont concernées, réparties sur trois communautés de communes et une communauté d’agglomération. Le PER intitulé « Les Sources » est situé sur le piémont des Vosges du Nord, réputé pour son parc naturel et ses sources thermales. Avec une histoire de plusieurs siècles d’exploitation du sous-sol, pour le sel d’abord, le pétrole ensuite et maintenant la géothermie, et aussi le lithium contenu dans ses eaux chaudes.

Vous parlez de lithium géothermal, quel est le lien entre le lithium et la géothermie?

Certaines sources d’eau chaudes exploitées en France pour la géothermie contiennent également du lithium en quantité importante. L’objectif est de réaliser un projet d’extraction en synergie: l’eau géothermale fournit les calories aux utilisateurs, et le lithium en est extrait avant la réinjection de l’eau dans le réservoir. Une extraction bas carbone et propre, qui nous per- mettra, vu les réserves estimées en France, de participer à l’indépendance de la France vis-à-vis des matières premières et minerais critiques, avec un impact environnemental faible.

Avez-vous d’autres projets en France et à l’étranger?

Bien sûr. «Les Sources» est notre premier projet, mais ce n’est pas le seul. La géothermie et l’extraction de lithium géothermal sont des projets au long court. Nous avons le temps, et le chantier alsacien est immense.

Quelle peut-être selon vous la place de la géothermie dans la transition énergétique?

Les géothermies peuvent et doivent avoir une place de choix dans la transition énergétique, car il n’y a pas qu’une seule géothermie. La géothermie désigne un panel varié de possibilités techniques, liées au sous-sol et à la ressource bien sûr, mais également aux besoins des utilisateurs en surface. Que ce soit de la géothermie dite GMI (géothermie minime importance, la célèbre pompe à chaleur) ou d’autres technologies de géothermie innovantes de demain, il y a des possibilités pour toutes les régions. énergie de base et renouvelable, elle permet de fournir de la chaleur et du froid localement et de manière stable et fiable. Elle a donc toute sa place pour la décarbonation des territoires.

Pour ce faire, des acteurs devront prendre les risques financiers et techniques pour défendre la géothermie. C’est le cas d’Arverne.

Je rappelle également qu’à l’instar du lithium, maîtriser la géothermie ouvrira le chapitre des métaux que contiennent les eaux géothermales. Nous n’en sommes qu’aux prémices mais le sujet est autant stratégique qu’économique. À l’heure où les états doivent absolument retrouver leur souveraineté industrielle et revoir les chaînes d’approvisionnement, le sujet est d’une importance capitale.

La France a-t-elle des atouts pour jouer un rôle important dans la filière économique émergente de la géothermie et du lithium géothermal ?

Oui. La voix de la France porte toujours autant sur les cinq continents. Nous avons une réputation dans les métiers du sous-sol et nous sommes donc légitimes et attendus sur la géothermie. Le sujet est technique et proche du domaine pétrolier dont la France a toujours été considérée comme un pays précurseur. À nous de savoir appliquer les prouesses techniques du monde pétrolier à une nouvelle énergie d’avenir.

Et enfin, surtout même, car le potentiel français en géo- thermie est prouvé. Quand des ressources existent sur un territoire, il est criminel de ne pas s’y intéresser.

Propos recueillis par E.L.

La rédaction

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