Il faut reconnaître aux anti-nucléaires en France de l’opiniâtreté et de l’efficacité. Ils ont réussi en une trentaine d’années à considérablement affaiblir l’industrie nucléaire française, qui dans les années 1990 était technologiquement la première au monde. Elle a aujourd’hui toutes les peines du monde à fabriquer dans des délais et à des coûts acceptables de nouveaux réacteurs. Ils ont réussi à infiltrer un grand nombre d’institutions et d’organismes publics pour littéralement étouffer économiquement et financièrement EDF et son parc nucléaire. L’Etat profond dicte encore aujourd’hui la politique énergétique du pays. Le meilleur exemple en a été donné il y a seulement quelques semaines par le rapport volontairement tronqué d’EDF, sous la pression du gouvernement Lecornu, sur le coût très élevé pour son parc nucléaire, financier et technique, du développement inutile des renouvelables intermittents (éolien et solaire).
Manipuler l’opinion
Et puis, peut-être plus important encore, les anti-nucléaires ont réussi à manipuler et imprégner l’opinion avec des légendes urbaines et des mensonges grossiers sur la réalité des avantages et des inconvénients de l’électricité nucléaire.
Une illustration saisissante en est donnée par la quatrième édition, rendue publique le 10 mars par Orano, de son baromètre intitulé « Les Français et le nucléaire ». Cette enquête réalisée par l’institut Ipsos-BVA est en quelque sorte un état des lieux des connaissance des Français sur le nucléaire. Et il montre des lacunes abyssales… On peut trouver l’intégralité de l’enquête ici (en PDF).
Une majorité des sondés « pensent toujours que le nucléaire émet du CO2 et contribue au dérèglement climatique » à 52%, et surtout 69% chez les jeunes de 18 à 24 ans et 65% des femmes. « Une perception qui alerte sur la compréhension des faits scientifiques », souligne Orano. C’est le moins que l’on puisse dire et cela illustre aussi la faiblesse de l’enseignement scientifique dans le pays et même de l’intérêt pour ces connaissances. On peut y ajouter le fait que les manuels, les enseignants et bon nombre de médias colportent depuis des années les légendes urbaines sur cette source d’énergie.
La production électrique française décarbonée à 95,2%
Rappelons que le nucléaire est la source d’énergie permettant de produire l’électricité la plus décarbonée qui soit, devant l’éolien ou l’hydraulique. Le solaire n’est même pas comparable compte tenu de l’empreinte carbone résultant de la fabrication des panneaux photovoltaïques. La production électrique bas carbone de la France repose toujours très majoritairement sur le parc nucléaire, dont la production a atteint 373 TWh en 2025 (68,1% du mix électrique français), selon le dernier Bilan électrique de RTE (Réseau de transport d’électricité). Et cela permet, en y ajoutant les sources renouvelables (hydraulique, éolien, solaire, biomasse, géothermie), à la production électrique française d’être décarbonée à 95,2%, une performance presque inégalée dans le monde. Ainsi, l’intensité en émissions de gaz à effet de serre de la production d’électricité française est « restée l’une des plus faibles au monde » l’an dernier, à 19,6 grammes d’équivalent CO2 par kWh contre 178 grammes d’équivalent CO2 par kWh en moyenne dans l’Union Européenne.

Source: Baromètre Les Français et le nucléaire, Orano IPSOS-BVA, mars 2026.
On peut tout de même mettre en avant la lente décrue de la part de l’opinion qui pense que le nucléaire émet du CO2. Elle était de 69% en 2019 lors de la première publication du baromètre d’Orano. Mais l’inculture scientifique reste profonde et inquiétante. A tel point que 7% des personnes interrogées considèrent que le charbon, le combustible fossile le plus émetteur de loin de gaz à effet de serre, contribue moins que le nucléaire aux émissions de CO2 !
Et il faut ajouter à cette contrevérité, celle à laquelle 39% des Français et 52 % des jeunes croient qui est que l’électricité française est plus chère que celle de ses voisins européens. Au contraire, grâce au nucléaire, la France bénéficie depuis de nombreuses années d’une des électricités les moins chères du continent. Et cela même si les factures ont beaucoup augmenté, notamment du fait du coût du développement des renouvelables intermittents.
Indépendance et souveraineté énergétique
Si on veut trouver des éléments tout de même plus positifs dans l’enquête, il faut d’abord remarquer que la sélection des arguments « les plus convaincants contre le nucléaire » par les personnes interrogées est assez pertinente puisqu’il s’agit de la production de déchets non recyclables (51%), du risque d’accident (47%) et du vieillissement des installations nucléaires (46%).
Mais le véritable sujet de satisfaction est le fait que la question de l’indépendance et de la souveraineté énergétique, très en faveur du nucléaire, est aujourd’hui assez bien comprise. La crise énergétique de 2022, née de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, et l’envolée des prix de l’électricité depuis deux décennies sont passées par là. Ainsi, le nucléaire est désormais perçu comme un « atout pour la France » par 61% des personnes interrogées (et même 78% des cadres et 77% des hommes) contre 47% en 2019. La différence entre les catégories socio-professionnelles peut s’expliquer par l’accès à l’information, celle entre les genres est incompréhensible…
Inversement, seuls 6% des personnes interrogées considèrent le nucléaire comme « un handicap », contre 34% en 2019. Parmi les arguments en faveur de la filière, celui « relatif à l’indépendance énergétique du pays demeure le plus cité, devant le fait que le nucléaire soit pilotable et bon marché ». Ainsi, l’indépendance énergétique s’impose comme le moteur principal de l’adhésion au nucléaire, citée par 57% des sondés, et plus de la moitié des personnes interrogées (54%) estiment que le nucléaire a un impact bénéfique sur le prix de l’électricité.

Source: Baromètre Les Français et le nucléaire, Orano IPSOS-BVA, mars 2026.














