<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Municipales: vers un reflux de la vague verte

14 mars 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Photo : Urne Wikimedia Commons
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Municipales: vers un reflux de la vague verte

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Le succès assez impressionnant et inattendu d’Europe Écologie Les Verts aux élections municipales de 2020, qui a pris la mairie d’un grand nombre de grandes villes, était surtout la conséquence d’une conjonction particulière d’événements favorables. Cela ne sera plus le cas en 2026. Et il faudrait aussi assumer les bilans. Article publié dans le N°28 du magazine Transitions & Energies.

Organisées en plein Covid (le premier tour a eu lieu juste avant le premier confinement, le second juste après), les municipales de 2020 avaient été qualifiées, à juste raison, de vague verte. Si l’ampleur de la vague ne doit pas être surinterprétée du fait d’une abstention record, la victoire de l’écologie était sans appel et allait bien au-delà du score électoral habituel d’EELV (Europe Écologie Les Verts). À l’époque, la grande peur irrationnelle de la fin du monde alimentée par la pandémie planétaire avait pris le pas sur la fin du mois. Les prophètes de l’apocalypse avaient peut-être raison…

Comme le fonds de commerce d’EELV, c’est la peur, les circonstances étaient très favorables à leurs candidats surtout dans les grandes villes où vivent des populations idéologisées très éloignées des réalités économiques et de la production qu’elle soit agricole ou industrielle. Ce n’est pas pour rien si le nom même des organisations écologistes les plus radicales annonce l’apocalypse, de Dernière Génération à Extinction Rebellion.

Les citadins étaient devenus verts

Comme lors de la crise des missiles de 1983, selon la formule célèbre de François Mitterrand, les euromissiles nucléaires étaient à l’Est et les pacifistes à l’Ouest. Les populations en contact permanent avec la nature n’ont pas voté écologistes, en revanche, les citadins qui en sont éloignés l’ont fait massivement.

Résultat, Le Monde titrait avec satisfaction au lendemain du second tour : « En gagnant à Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Poitiers ou Grenoble, et en participant à la victoire à Paris ou Marseille, les écologistes se sont imposés comme une force politique de premier plan ». En tout, Europe Écologie Les Verts avaient remporté les élections dans huit grandes villes, Annecy, Besançon, Bordeaux, Grenoble, Lyon, Poitiers, Tours et Strasbourg, et appartenaient à la majorité municipale à Marseille, Montpellier, Nancy ou Paris. La figure de proue d’EELV à l’époque, l’eurodéputé Yannick Jadot, auréolé de ses 13% aux élections européennes de l’année précédente, se réjouissait d’un « tournant » qui devait selon lui conduire la gauche et « l’ensemble du paysage politique à se reconstituer autour du projet de l’écologie ». C’était il y a six ans…

Le besoin de retour à la nature était alors une réalité et s’est d’ailleurs traduit pendant quelques mois par des déplacements, limités mais montés en épingle dans les médias, de populations des villes vers les zones périurbaines, les campagnes.

La Convention citoyenne sur le climat, un gadget de communication

Il y avait aussi ce gadget, marque de fabrique du macronisme, la Convention citoyenne sur le climat. À la demande du gouvernement, elle avait réuni, toujours au début de l’année 2020, 150 citoyens tirés au sort pour savoir comment « réduire les émissions de carbone dans un esprit de justice sociale » sous la dictée des organisations militantes qui y avaient vu une superbe opportunité. La parole dérangeante des vrais experts, les scientifiques, les ingénieurs, était effacée et remplacée par celle du camp du bien.

Le résultat avait été catastrophique, sans surprise, mais peu importe, l’opération de communication avait saturé les médias. Les 286 pages et 150 propositions qui commençaient par ses mots, « Nous, citoyennes et citoyens libres », ressemblaient à un inventaire à la Prévert, une compilation d’idées recyclées, de solutions qui n’en sont pas, peu efficaces, idéologiques, et de pensée magique. Il n’était question nulle part d’investissements, de financements, de conséquences économiques, sociales, politiques, de réalités et d’innovations technologiques, de créations de filières…

Brice Lalonde, ancien ministre de l’Environnement, résumait alors assez bien le sentiment à la lecture de ce morceau d’anthologie : « L’absence de connaissances, l’incompréhension transpirent de beaucoup de ces mesuresComme s’ils avaient voulu peindre un monde idéal, sans consulter aucun chef d’entreprise, aucun économiste… Comme si tout pouvait se faire d’un coup de baguette magique. Il y a une espèce de mépris de la compétitivité, et d’égocentrisme. Beaucoup n’y connaissaient rien, ils ont été affolés, et ont écouté religieusement les associations. »

Incompétence, dogmatisme, ridicule

C’est exactement ce qu’il s’est passé pendant six ans dans les grandes villes où les élus verts ont pris le pouvoir. Leur incompétence et leur dogmatisme ont fini par leur aliéner une population pourtant acquise à leurs mantras en faveur des renouvelables et contre l’automobile, puisqu’elle n’en subit pas les conséquences contrairement à la France dite périphérique.

Le bilan des élus verts est maigre. Ils ont végétalisé les villes, mis en place des modes de transports qualifiés de plus doux, et soi-disant rendu l’air plus respirable… Il n’est pas sûr qu’ils y soient pour grand-chose, tant la pollution atmosphérique se déplace sur des centaines de kilomètres. Ils se sont aussi beaucoup décrédibilisés et ridiculisés. Car ils ont eu le travers classique des activistes qui consacrent davantage d’énergie à des initiatives qui donnent un sentiment de vertu morale inflexible qu’à celles qui vont réellement faire une différence.

Voilà un petit florilège de déclarations trop marquantes. À Bordeaux, Pierre Hurmic a renoncé au traditionnel sapin de Noël car il ne voulait plus « d’arbres morts » dans la ville. À Lyon, Grégory Doucet a été jusqu’à qualifier le Tour de France de « machine véhiculant une image machiste ». À Strasbourg, la subvention de 2,5 millions d’euros accordée en 2021 à la mosquée Eyyûb Sultan a laissé des traces. À Poitiers, Léonore Moncond’huy avait affirmé que « l’aérien ne doit plus faire partie des rêves d’enfants d’aujourd’hui » pour justifier la réduction des subventions municipales aux deux aéroclubs de la ville.

Dénoncer « l’écolo bashing »

Résultat, à Lyon, Grégory Doucet est donné largement battu dans les sondages face à l’ancien patron emblématique de l’OL, Jean-Michel Aulas, soutenu notamment par LR, Renaissance et le MoDem. À Strasbourg, Jeanne Barseghian est en grande difficulté derrière l’ex-édile PS de la ville Catherine Trautmann. Anne Vignot à Besançon et Léonore Moncond’huy à Poitiers connaissent la même situation et risquent d’être derrière le PS au premier tour.

À Paris, les Verts qui présentaient toujours un candidat ont décidé eux-mêmes cette fois de rallier le socialiste Emmanuel Grégoire dès le premier tour. Seul Pierre Hurmic à Bordeaux, qui a pris un inattendu virage sécuritaire, ne semble pas vraiment en danger.

Tout ce qu’il reste à Marine Tondelier, la secrétaire nationale des Ecologistes c’est de dénoncer « l’écolo bashing » dont seraient victimes les maires verts…

E.L.

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