<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> MaPrimRénov’, le retour et encore du changement…

10 février 2026

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MaPrimRénov’, le retour et encore du changement…

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Faute de budget 2026, le dispositif d’aides publiques à la rénovation des logements MaPrimRénov' a été à nouveau arrêté depuis le début de l’année. Il l’avait déjà été l’été dernier pendant trois mois pour tenter de limiter ses dérives et des fraudes massives. Un énième nouveau dispositif vise justement à lutter contre la fraude. Les demandeurs d'aides pour une rénovation d'ampleur devront désormais obligatoirement avoir un « rendez-vous personnalisé » avec un conseiller France Rénov'. L'enveloppe prévue pour le dispositif en 2026 est de 3,6 milliards d'euros de crédits de l'État et 500 millions d'euros de certificats d'économie d'énergie (CEE), des aides que doivent impérativement fournir les fournisseurs d'énergie sous peine d’amendes.

Après avoir été mis en sommeil pendant trois mois l’été dernier pour tenter de corriger ses dérives et faute d’enveloppe budgétaire, le dispositif d’aides publiques à la rénovation des logements, MaPrimRénov’, a à nouveau cessé de fonctionner depuis le début de l’année, faute de budget tout court… Ce n’est pas que l’enveloppe était épuisée, mais qu’elle n’existait pas. Le budget 2026 ayant été adopté, le dispositif sera relancé quand la loi de finances 2026 sera promulguée. C’est « une question de jours » selon Vincent Jeanbrun, le ministre du Logement, pressé par les professionnels du bâtiment.

L’Agence nationale de l’habitat (Anah), qui distribue les aides MaPrimeRénov’, prévoit de financer cette année 150.000 travaux de rénovation isolés (changement de chaudière ou de fenêtres) et 120.000 rénovations globales (68.000 en copropriété et 52.000 logements individuels). Mais cet objectif est en fait déjà lourdement amputé par les 83.000 dossiers suspendus fin 2025 et qu’il faut réactiver. On peut s’attendre à de sérieux engorgements.

Tenter de limiter les fraudes massives

Mais il y a évidemment des changements. Si l’usine à gaz des règles d’éligibilité et des taux de financement reste inchangée, les demandeurs d’aides pour une rénovation d’ampleur devront désormais obligatoirement avoir un « rendez-vous personnalisé » avec un conseiller France Rénov’ pour être mieux accompagnés et surtout pour tenter de limiter les fraudes massives et de les détecter…

Les rendez-vous pourront avoir lieu dans les agences France Rénov’, en visioconférence « et probablement même par téléphone si les pièces ont été partagées par email ». On peut donc s’attendre à quelques couacs habituels. Rappelons que lors du précédent redémarrage du dispositif, à la fin du mois de septembre, la plateforme en ligne était tombée immédiatement en panne. L’Anah, comme la plupart des agences publiques, n’est pas un modèle de de gestion, d’efficacité et de responsabilité. Cela fait de nombreuses années que les dispositifs d’aides et de subventions publiques à la rénovation des logements dilapident des milliards d’euros pour des résultats douteux.

Les 614 agences France Rénov’ vont avoir du travail

« En rendant obligatoire le passage à l’espace conseil (…) on s’assure que, dès le départ du projet, la réflexion est accompagnée, gratuitement et de bout en bout », explique Vincent Jeanbrun. « On n’est plus tout seul face à son ordinateur ». Cette nouvelle contrainte, les 614 agences France Rénov’ risquent d’être rapidement débordées, doit aussi et surtout permettre de lutter contre la fraude et les « faux dossiers », déposés par « des faux clients avec de fausses entreprises », a souligné le ministre. Et il y en avait beaucoup.

La Répression des fraudes a indiqué le 29 septembre dernier avoir relevé des manquements graves de 34% des 1.000 professionnels contrôlés en 2024 dans la filière de la rénovation énergétique. La Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) a transmis à la justice « 140 procès-verbaux pénaux pour des pratiques commerciales trompeuses et de démarchage agressif ». L’administration a aussi infligé 50 amendes administratives, « principalement pour du démarchage téléphonique illicite », et a ordonné une mise en conformité à 140 professionnels.

L’enveloppe prévue pour le dispositif en 2026 est de 3,6 milliards d’euros de crédits de l’État et 500 millions d’euros de certificats d’économie d’énergie (CEE), des aides que doivent impérativement fournir les fournisseurs d’énergie sous peine d’amendes.

Des dispositifs dysfonctionnels sans cesse modifiés

La rénovation énergétique des logements est un nécessité. Ce n’est pas contestable. Le secteur du bâtiment représente pas moins de 44% de la consommation finale d’énergie et 27% des émissions de gaz à effet de serre du pays… Mais la politique d’aides et de subventions à la rénovation est menée en dépit du bon sens depuis des années par les gouvernements, les agences publiques (notamment l’Anah) et l’administration.

Cela se traduit par des milliards d’euros d’argent public et des ménages gaspillés, engloutis dans des travaux dont l’impact est des plus limité. Et le tout avec des changements incessants de normes et de règles dans l’attribution des subventions et des aides, sans parler des errements répétés du trop fameux DPE (Diagnostic de performance énergétique). Une nouvelle méthode pour le calculer est encore entrée en vigueur le 1er janvier dernier. Il a été créé en 2006 !

Les dispositifs dysfonctionnels sont certes sans cesse corrigés et réformés depuis des années, sans pour autant vraiment améliorer les choses. Ils restent complexes, coûteux et ont engendré une multiplication d’arnaques en tous genres. L’impact réel de MaPrimeRénov’ est mal évalué et les attributions des aides mal contrôlées. Tout le monde le sait depuis des années, mais l’argent continue à être distribué et l’administration, les ministres et les agences de l’Etat cachent leur impuissance et leur irresponsabilité derrière des discours volontaristes et moralisateurs.

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