Les grands groupes technologiques, qui développent à coup de milliards de dollars l’intelligence artificielle (IA) et la multitude de centres de données qu’elle nécessite, affirment être exemplaires sur le plan climatique. Les quantités considérables d’électricité qu’ils consomment sont vertueuses, c’est-à-dire bas carbone, renouvelables et nucléaires. Dans les faits, les choses sont un peu différentes… Notamment parce que les centres de données en question ont besoin d’avoir la certitude d’être alimentés 24 heures sur 24 et 365 jours par an. Impossible avec les renouvelables intermittents à moins d’investir dans des tonnes de batteries pour stocker l’électricité et faire face quand il n’y a pas de vent et de soleil. Et encore, ce type de stockage a des limites économiques et physiques. En cas d’évènement météorologique défavorable pendant plusieurs jours… les batteries seront insuffisantes.
Alors, il y a bien sûr le nucléaire et tout particulièrement les SMR (petits réacteurs modulaires) qui sont à la mode depuis plusieurs années. Mais entre la communication intense des dizaines de start-ups qui se sont lancées et les projets concrets il y a un gouffre technique et financier. Et il faut aussi de nombreuses années pour développer et homologuer des prototypes.
Des parcs éoliens et surtout solaires… et des centrales à gaz
Les groupes de technologie n’ont justement pas de temps. Résultat, les nouvelles installations d’IA seront alimentées par des parcs éoliens et surtout solaires, les plus faciles et rapides à installer, et aussi… par des centrales à gaz. Rien qu’au Texas, ce sont près de 58 gigawatts de capacités de production à partir de gaz naturel qui sont en projet ou en construction selon les dernières estimations de Global Energy Monitor.
« C’est plus que dans les quatre États américains les mieux placés après lui, et c’est davantage que dans n’importe quel autre pays au monde à l’exception de la Chine relève Grist. Près de la moitié des centrales en construction au Texas fourniront exclusivement des centres de données, sans aucune connexion aux réseaux électriques régionaux ».
Centrales à gaz à cycle combiné
Les États-Unis ne sont pas les seuls concernés. Les projets de construction de nouvelles centrales à gaz se sont multipliés dans le monde l’an dernier. Selon Global Energy Monitor, ces projets représentent plus de 1.000 gigawatts, soit une augmentation de 31% par rapport à 2024. L’exemple le plus proche de nous est celui de l’Allemagne qui a décidé de construire dans l’urgence 40 centrales à gaz pour compenser, en partie, l’échec technique et économique de son modèle de tout renouvelables intermittents (Energiewende). Sans parler de la nécessité de renforcer la solidité et la sécurité des réseaux quand la part des renouvelables intermittents devient trop importante dans la production électrique. L’Espagne en a fait l’amère expérience avec le blackout subit le 28 avril 2025. Et il a failli se reproduire le 28 janvier 2026. Mais il y avait cette fois suffisamment de centrales à gaz en activité pour éviter le pire.
La technologie utilisée dans la plupart des nouvelles centrales à gaz est celle dite à cycle combiné qui est très performante avec une efficacité énergétique de l’ordre de 60%. Comme son nom l’indique, elle combine deux processus. Elle brûle du gaz pour faire tourner des turbines et produire de l’électricité et capture la chaleur associée et l’utilise pour faire tourner les turbines encore davantage.
Pas sûr du tout que l’IA accélère la transition énergétique
Selon le discours le plus répandu dans les médias, qui reprend en fait la communication des groupes de technologie, l’IA va permettre d’accélérer considérablement la transition énergétique et notamment de gérer plus efficacement les réseaux électriques. La réalité est plus nuancée sur l’accélération de la transition.
Si l’augmentation de la demande d’électricité dépasse le développement des capacités à faible émission de carbone, et la possibilité de surmonter l’intermittence des renouvelables, la production d’énergie fossile va encore augmenter en termes absolus, même si les énergies renouvelables gagnent des parts de marché. Résultat, les émissions totales vont augmenter même si l’intensité carbone du système énergétique tendra à diminuer, car les sources bas-carbone représenteront une part plus importante de la production.
À plus long terme, les progrès réalisés dans les domaines du nucléaire, du stockage de l’électricité ou de l’efficacité énergétique pourraient modifier cette trajectoire. Pour l’instant, la réponse immédiate à la forte augmentation de la demande en électricité devrait s’appuyer sur des technologies pouvant être déployées rapidement et de manière fiable. L’intelligence artificielle pourrait profondément remodeler l’économie. Elle pourrait aussi prolonger l’ère du gaz naturel.














