Transitions & Energies

Campagne des législatives, le grand n’importe quoi énergétique


L’énergie est l’un des sujets majeurs de la courte campagne électorale des législatives qui vient de commencer. Il était temps que les politiques mesurent son importance pour l’économie et le pouvoir d’achat des citoyens. Sans une énergie abondante et abordable, il n’y a pas de prospérité. Mais sans surprise, le simplisme et la démagogie dominent les débats. Et aucun camp, que ce soit le gouvernement, le Rassemblement national ou le Front populaire, ne rachète l’autre. Ainsi, le pouvoir s’attribue des mérites qui ne lui reviennent pas. Le RN ne sait pas de quoi il parle. Et le Front populaire a décidé tout simplement d’ignorer les sujets qui fâchent au sein de sa coalition…

La dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron quelques minutes seulement après les résultats des élections européennes a lancé une très courte campagne d’élections législatives. La question de l’énergie et tout particulièrement de son coût se sont retrouvés assez spontanément au centre des débats. La crise énergétique de 2022 est passée par là. Et les économistes comme les politiques ont pu soudain à nouveau mesurer que l’énergie n’est pas un intrant comme les autres dans une économie. Elle est l’économie ! Le PIB (Produit intérieur brut) d’un pays peut se résumer à 99% à des transferts d’énergie.

Le gouvernement s’attribue des mérites qui ne lui reviennent pas

Pour autant le déficit de compétence et la démagogie sont omniprésents dans le monde politique. En moins d’une semaine, nous avons eu droit à la foire au n’importe quoi. Premiers à avoir ouvert le bal, les membres du gouvernement. Dès lundi, le ministre de l’Economie, Bruno le Maire répétait dans tous les médias qui l’invitait que si le parti présidentiel obtenait une majorité, promis, juré, craché, ils allaient baisser les prix de l’électricité en février prochain de 15%.

Cette promesse ne lui coûte en réalité pas grand-chose puisqu’elle est déjà actée… Comme nous l’expliquions il y a deux semaines, la formule de calcul du tarif réglementé de vente de l’électricité (TRVE) intègre une moyenne des prix de marché des 24 derniers mois avant sa réévaluation. Ainsi, ces prix ayant fortement reculé depuis leurs sommets de l’été 2022, la baisse du tarif réglementé est… une simple application de cette formule de calcul. Le gouvernement cherche ainsi s’attribuer un mérite qui ne lui revient pas. Il s’agit seulement de la simple transposition des prix de marché aux consommateurs, particuliers et petites entreprises.

Le RN ne sait pas de quoi il parle

Non seulement, le gouvernement n’y ait pour rien, mais il a en fait aggravé la situation pour les consommateurs. Car le tarif réglementé aurait déjà pu commencer à baisser si le même Bruno le Maire n’avait pas décidé de faire remonter le taux des accises sur l’électricité (une taxe sur la consommation) qu’il avait, il est vrai, baissé durant toute la crise énergétique.

Du côté présidentiel, on se moque du monde en allant jusqu’à revendiquer une stratégie « claire » en matière nucléaire après avoir saboté la filière et fermé les réacteurs de Fessenheim sans aucune raison avant de soudain se convertir à cette source d’énergie décarbonée il y a un peu plus de deux ans.

Mais du côté de l’opposition, les propos et propositions ne sont pas plus solides et crédibles. Manquant clairement d’informations sur la façon dont est construits le tarif réglementé de l’électricité le Rassemblement national accuse le gouvernement de mentir sur la baisse des prix à venir. Et il propose de ramener la TVA sur l’énergie de 20% à 5,5%. Problème: cette baisse de 14,5 points entraînerait certes un recul d’environ 10% du prix TTC de l’électricité. Mais au prix d’un manque à gagner de presque 4 milliards d’euros pour un Etat dont les comptes publics sont extrêmement dégradés.

Le Front Populaire a décidé d’ignorer les sujets qui fâchent

Et ce n’est pas tout. Le RN souhaite appliquer la même mesure aux carburants et au gaz, ce qui entraînerait une baisse sensible des prix à la pompe et des factures de ceux qui se chauffent avec le précieux méthane. Mais au prix de plusieurs dizaines de milliards d’euros de manque à gagner pour le budget de l’Etat. Et tout cela pour subventionner des importations d’hydrocarbures et ralentir de fait l’électrification des usages. Seul évolution qui est à même d’assurer une réelle souveraineté énergétique, réduire le déficit de la balance commerciale française, décarboné l’économie et même soulager EDF qui fait aujourd’hui face à une réelle situation de surproduction.

Enfin, il faut évoquer le nouveau Front populaire. Cette alliance de la carpe et du lapin n’est dans la réalité d’accord sur rien. Et particulièrement sur la politique énergétique et notamment l’énergie nucléaire. Certains y sont fermement opposés, notamment LFI et EELV. Faute d’arriver à se mettre d’accord, ils ont donc décidé comme sur de nombreux autres sujets essentiels de faire comme s’ils n’existaient pas. Cela rend l’analyse de leur programme énergétique aisée… Il est vide.

Nous sommes en juin 2024. A deux semaines d’un scrutin législatif majeur et Deux ans après une crise énergétique tout aussi majeure qui a eu un impact considérable sur les entreprises, les ménages, et les finances publiques. Elle a eu un seul mérite : rappeler à tous le rôle essentiel de l’accès à une énergie abondante et abordable dans la prospérité d’un pays. Cette question devrait donc être abordée à la fois avec sérieux et responsabilité par les politiques. Il n’en est rien !

Philippe Thomazo

La rédaction