Transitions & Energies

HDF Energy, du solaire à l’hydrogène

Centrale de l'ouest guyanais

Comment une jeune société bordelaise est devenue un des leaders mondiaux de la production et du stockage d’électricité renouvelable. Entretien avec Damien Havard, président et fondateur de HDF Energy.

Hydrogène de France (HDF Energy) est une société innovante française, créée en 2012, spécialisée dans l’énergie solaire et son stockage. Elle est, entre autres, le maître d’œuvre d’un projet spectaculaire de parc solaire en Guyane française avec stockage de l’électricité produite via la fabrication d’hydrogène par électrolyse. La construction de la CEOG (Centrale électrique de l’ouest guyanais) commence dans les prochaines semaines et sa mise en service est prévue en 2022. Elle devrait alimenter au moins 10 000 foyers pendant deux décennies. HDF Energy a aussi signé à la fin de l’année dernière un contrat stratégique de transfert de technologie avec le fabricant canadien de piles à combustibles Ballard Power Systems (BPS), un des leaders mondiaux. Il lui permettra d’assembler à Bordeaux des piles à combustibles puissantes capables de produire plus de 1 MW et destinées avant tout au stockage d’électricité renouvelable (éolienne et solaire). L’usine de 8000 m2 doit commencer à produire en 2022. Le PDG et fondateur de HDF Energy, Damien Havard, a accepté de répondre à nos questions.

T&E : Quelle est la stratégie de développement de HDF Energy et quelle est la logique qui vous a amené du solaire à l’hydrogène ?

Damien Havard : Nous venons du solaire. Mais la création de HDF Energy correspond à une autre étape qui ne consiste pas seulement à produire de l’électricité à partir de sources renouvelables, mais à produire de l’électricité stable à des prix compétitifs. Produire de l’électricité solaire ou éolienne intermittente à des prix compétitifs existe aujourd’hui de manière large. Nous, nous créons les moyens de mettre fin à l’intermittence en réussissant à développer du stockage massif. Notre métier consiste à développer de gros projets avec de grosses capacités de stockage pour les gestionnaires de réseaux. Et nous partons du solaire ou de l’éolien pour parvenir à cela.

C’était un vrai pari en 2012 ?

— Oui, mais il est en passe d’être gagné maintenant. Nous savions que la technologie de l’hydrogène était en plein développement et à partir du moment où elle touche au secteur de la mobilité, cela garantit des investissements importants en milliards dans les deux briques indispensables que sont les électrolyseurs, pour fabriquer l’hydrogène vert, et les piles à combustibles pour transformer l’hydrogène en électricité.

Notre accord avec Ballard est une illustration de cela, nous intégrons les technologies qui viennent de la mobilité pour faire des piles à forte puissance stationnaires et à longue durée de vie. De la même façon, les batteries lithium sont à des prix compétitifs grâce à l’automobile et peuvent être intégrées dans nos projets. Cela permet à nos projets d’être compétitifs sans subventions, de s’inscrire dans une réalité de marché.

— Le bon exemple est celui de la centrale électrique de l’ouest guyanais ?

Oui. Nous avons financé dans de bonnes conditions auprès d’investisseurs ce projet de plus de 100 millions d’euros et cela sans la moindre subvention. Les travaux commencent en avril de cette année. La centrale solaire d’une capacité de 55 MW en pointe, sera capable d’assurer en permanence l’alimentation en électricité grâce à une unité de stockage de 140 MWh fonctionnant avec de l’hydrogène fabriqué par électrolyse. L’unité de stockage sera couplée à un étage de batteries lithium-ion pour augmenter la disponibilité de l’énergie. Et nous travaillons depuis plusieurs années sur une dizaine de projets du même type dans les Caraïbes, en Asie, en Amérique du Sud et nous ferons sans doute des annonces dans les prochains mois. Un projet comme celui de la Guyane a mis trois ans pour voir le jour.— Les autres projets sur lesquels vous travaillez aujourd’hui sont identiques à celui de la Guyane ?– Pas forcément dans les détails techniques mais dans la logique qui est celle de monter des projets clés en mains dans lesquels on vend de l’électricité au gestionnaire de réseaux et dans lesquels nous sommes le producteur d’énergie renouvelable. Nous développons le parc photovoltaïque ou éolien. Nous installons les systèmes hydrogène et des batteries li-thium, parce que l’hydrogène n’est pas capable de répondre tout seul à des besoins rapides de puissance. Il y a une vraie complémentarité entre les deux technologies. Nous garantissons une production jour et nuit et pour cela choisissons sur nos installations de recharger les batteries ou fabriquer de l’hydrogène en fonction de stratégies d’efficacité.

Avez-vous les moyens en France de vous développer et les soutiens notamment institutionnels nécessaires ?

— Jusqu’à aujourd’hui, nous nous sommes débrouillés tout seuls. Nous sortons aujourd’hui de la R&D et nous sommes dans des accélérations de marchés. Nous sommes entrés dans la phase d’industrialisation et les grands acteurs sont en train de se créer maintenant. Dans trois à quatre ans, il ne faudra pas pleurer en réalisant qu’on a raté l’occasion d’avoir des champions français. Il y a un an et demi, Nicolas Hulot annonçait que la France allait mettre 100 millions pour devenir leader mondial dans l’hydrogène. Trois mois plus tard, une région de Chine mettait 4 milliards et les mettait vraiment.

Propos recueillis par Léon Thau

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