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Parmi les grandes économies, seules la France et le Royaume-Uni mènent une transition suffisamment rapide

Atmosphere Wikimedia

Le dernier rapport annuel du World Economic Forum sur l’efficacité des politiques de transition énergétique dans le monde souligne que la plupart des grandes économies affichent des résultats décevants. En Europe, en-dehors des pays nordiques, seuls le Royaume-Uni et la France fournissent les efforts nécessaires.

Après la MIT Technology Review, c’est au tour du World Economic Forum (WEF) de porter un jugement plutôt favorable à la politique de transition suivie par la France. Ainsi, selon l’édition 2021 du rapport «Fostering Effective Energy Transition» (Favoriser une transition énergétique efficace), hormis le Royaume-Uni et la France, aucune des grandes économies de la planète ne fournit le niveau d’efforts nécessaires pour se décarboner rapidement. En fait, seulement 13 des 115 pays étudiés ont avancé à un rythme régulier et satisfaisant au cours des dix dernières années pour décarboner leurs économies, au vu de l’analyse de leur indice de transition énergétique (ETI). Une méthode d’évaluation mise au point avec le cabinet de conseil Accenture.

Le Royaume-Uni est 7ème et la France 9ème du classement

Sans surprise, les pays nordiques occupent les trois premières places, la Suède en tête suivie de la Norvège et du Danemark. La réduction de l’intensité carbone de leur mix énergétique est la plus forte et la plus rapide. De façon générale, les pays les mieux classés présentent des caractéristiques communes, de «faibles subventions pour les combustibles fossiles», d’un «environnement réglementaire solide» et d’une «sécurité énergétique renforcée».

Plusieurs grandes économies européennes affichent aussi des performances satisfaisantes. Le Royaume-Uni (7e) et la France (9e) se retrouvent ainsi parmi les 10 des pays les plus avancés en matière de transition énergétique. Le problème est que les 10 premiers du classement ne représentent en fait que 2% de la population mondiale et 3% des émissions mondiales de CO2 provenant de l’énergie. Cela signifie qu’ils auront beau faire tous les efforts et les progrès qu’ils peuvent, leur impact sur les émissions de gaz à effet de serre et le climat sera extrêmement limité…

En Europe, l’Allemagne (18e) suit à distance le Royaume-Uni et la France. Et ces trois pays sauvent l’honneur du G20. En-dehors d’eux, aucun des membres du groupe des économies les plus puissantes, responsables des trois quarts des émissions de gaz à effet de serre, ne figurerait dans les 20 premiers du classement du WEF.

Parmi les grandes économies, seules la France et le Royaume-Uni mènent une transition suffisamment rapide

Evolution des indices de transition énergétiques selon les pays entre 2012 et 2021.

L’addiction au Charbon de la Chine et de l’Inde

On retrouve ainsi les Etats-Unis à la 24ème place, l’Italie est 27ème et le Japon 36ème. La Chine (68e) et l’Inde (87e), les deux pays les plus peuplés, ont certes fait des progrès. Mais le charbon continue de peser lourdement dans leur mix énergétique. «La quantité totale d’électricité produite à partir du charbon suit une trajectoire ascendante. Il sera nécessaire d’identifier des moyens viables de retrait anticipé des actifs à forte intensité de carbone pour accélérer la transition», affirme en langage diplomatique le rapport. Beijing a tout de même réussi à réduire sensiblement l’intensité énergétique de son économie, et New-Delhi a construit un environnement réglementaire plus propice à la transition énergétique.

S’agissant des grands pays exportateurs d’énergies fossiles, le bilan est plus mitigé. Le Canada (22e), l’Australie (35e), la Russie (73e) et l’Arabie saoudite (81e) ont un accès facile, bon marché et sûr à l’énergie. L’abondance de leurs réserves ne les pousse pas vraiment à accélérer leur transition énergétique.

«En 2018, 81% de l’énergie mondiale était encore fournie par des carburants fossiles, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté jusqu’en 2019 et plus de 770 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité», souligne le WEF.

Des progrès bien réels mais trop lents

Le paradoxe est qu’au cours des dix dernières années 92 pays sur les 115 étudiés ont amélioré leur indice énergétique. L’intensité énergétique moyenne dans le monde a baissé de 15% entre 2010 et 2018. Par ailleurs, la capacité mondiale du solaire photovoltaïque a été multipliée par sept, et celle de l’éolien par près de trois.

Parmi les grandes économies, seules la France et le Royaume-Uni mènent une transition suffisamment rapide

Investissements dans la transition énergétique par pays en milliards de dollars entre 2016 et 2020. En noir, dans les renouvelables et en bleu dans d’autres éléments de la transition. Source Bloomberg – World Economic Forum.

Les investissements mondiaux dans la transition sont passés de moins de 300 milliards de dollars en 2011, à près de 500 milliards en 2020, en dépit de la pandémie. Les engagements politiques se sont aussi multipliés: «huit des dix plus grandes économies se sont engagées à atteindre un objectif zéro émission nette d’ici à la moitié du siècle».

En conclusion, le World Economic Forum considère que la prochaine décennie sera «cruciale». Le système énergétique et économique mondial doit «dès à présent», subir une «transformation complète» et «systémique». Cela signifie une «nouvelle conception de la manière dont nous vivons et travaillons, dont nous alimentons nos économies, et dont nous produisons et consommons des matériaux». Pour y parvenir, «les gouvernements doivent s’aligner pour définir ensemble des règles communes, afin de garantir aux acteurs des règles du jeu équitable sur le marché. Des outils tels qu’un marché commun du carbone à l’échelle mondiale, ou des mécanismes d’ajustement carbone aux frontières, doivent être envisagés».

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