Le gouvernement espagnol ne peut plus dissimuler les causes réelles du blackout du 28 avril

1 avril 2026

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Photo : Bougie wikimedia commons
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Le gouvernement espagnol ne peut plus dissimuler les causes réelles du blackout du 28 avril

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Depuis le gigantesque blackout de la péninsule ibérique du 28 avril 2025, le plus important en Europe depuis 20 ans qui a fait pas moins de 147 morts, le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez n’a eu de cesse d’entretenir la confusion afin de masquer sa responsabilité. L'origine de la panne massive ne fait pourtant pas de doutes pour les experts indépendants et honnêtes, à savoir la part bien trop importante dans la production électrique du pays des renouvelables intermittents au moment de l'effondrement du réseau qui n’a pas permis de rattraper un système électrique soumis à des variations trop fortes de fréquence et de tension. Ce que les opérateurs espagnols du réseau Red Eléctrica décrivent très clairement dans des enregistrements de leurs conversations - que certains ont cherché à effacer - au moment même de l’écroulement du système électrique. Ils ont été publiés il y a quelques jours par Democrata, le media numéro un en Espagne sur les informations parlementaires et de politiques publiques. C’est ce qu’on appelle en anglais un « smoking gun », une preuve irréfutable. Le poids idéologique, politique et économique considérable en Espagne, et en Europe d’ailleurs, du lobby des renouvelables intermittents n’aura finalement pas réussi à empêcher la vérité d’éclater au grand jour. La désinformation a perdu. Mais cela ne règle pas le problème de fond. Et avec la PPE3 et des investissements massifs dans les renouvelables intermittents qui ont la priorité sur les réseaux sur le nucléaire et l'hydraulique, la France pourrait se retrouver dans les prochaines années dans une situation comparable à celle de l'Espagne...

Les raisons du blackout du 28 avril dernier, qui a privé la péninsule ibérique d’électricité pendant une douzaine d’heure et fait, selon une institution médicale incontestable, pas moins de 147 morts, sont connues et reconnues par tous les experts indépendants et honnêtes. Une production trop abondante et incontrôlable de renouvelables intermittents, 70% du mix électrique quand le réseau est tombé dont 60% de solaire. Faute d’inertie électromécanique assurée par le nucléaire, l’hydraulique ou les centrales thermiques, les renouvelables intermittents sont incapables d’équilibrer et de rattraper un système électrique soumis à des variations trop fortes en fréquence comme en tension.

Rappelons que la fréquence et la tension sont les deux faces de la transmission du courant alternatif. Il y a la puissance active et la puissance réactive. La puissance active est liée principalement à la fréquence du réseau et la puissance réactive à la tension. La puissance utile est la puissance active et la puissance réactive est une conséquence du fonctionnement en courant alternatif. Il faut maîtriser fréquence et tension pour éviter qu’elles s’écartent trop des valeurs de référence et endommagent les installations.

Le gouvernement espagnol de Pedro Sanchez n’a eu de cesse de masquer la réalité et sa responsabilité

Le réseau espagnol est tombé en cinq secondes le 28 avril 2025, entre 12 h 23 minutes 20 secondes et 12 h 23 minutes 24 secondes, et a encore failli d’effondrer le 28 janvier dernier. Le 28 avril 2025, « il s’est agi de la panne d’électricité la plus grave qu’ait connue l’Europe au cours de ces vingt dernières années et le plus important est qu’il s’agit de la première du genre », avait alors expliqué Damian Cortinas, président du conseil de l’Entso-E, l’organisme regroupant les gestionnaires européens de réseaux de transport d’électricité.

Mais depuis le blackout, le gouvernement espagnol n’a eu de cesse de masquer la réalité de la responsabilité des renouvelables intermittents puisque cela reviendrait à mettre en cause sa politique et une vision particulièrement dogmatique de la transition énergétique, une constante en fait dans tous les domaines ou presque du gouvernement de Pedro Sanchez. Pourtant, en dépit des multiples obstacles mis aux enquêtes menées sur les origines du blackout, dénoncées même par Entso-E lors de la publication d’un premier rapport d’étape en octobre dernier, la vérité a fini par éclater. Entso-E s’était plaint du fait que « la collecte de données complètes et de haute qualité s’est avérée très difficile pour cette enquête »… sans commentaire.

Le « smoking gun » de Democrata

Mais, quelques jours après la publication du rapport final de Entso-E, qui manifestement a été expurgé et continue à entretenir la confusion, Democrata, le media numéro un en Espagne sur les informations parlementaires et de politiques publiques, a apporté la preuve irréfutable, le « smoking gun » en anglais, sur l’origine du blackout. Il le fait avec des enregistrements des conversations tenues par les opérateurs espagnols du réseau Red Eléctrica – que certains ont d’ailleurs cherché à effacer – au moment même de l’effondrement du système électrique.

Comme l’écrit Democrata, « dans les conversations enregistrées le jour de la panne, on trouve plusieurs déclarations de personnel de Red Eléctrica reconnaissant que le problème provenait des installations photovoltaïques et indiquant qu’ils savaient que la situation était « foirée » jusqu’à ce que le réseau « parte en vrille » ».

Deux exemples, parmi d’autres, de dialogues qui se sont tenus respectivement à 11H31 et 12H13 le 28 avril 2025 et ont été rendus public par Democrata. Le réseau est tombé à 12h23.

« C’est à cause du problème solaire »

A 11h31.

-Opérateur électrique : « Oui, bonjour. Je vous appelle parce qu’Arcos nous signale de nombreuses oscillations de tension… ».

-REE (Red Eléctrica) : « Oui ».

-Opérateur électrique : « Je ne sais pas si quelque chose s’est passé dans la région ou je ne sais pas quoi… ou le photovoltaïque ».

-REE : « Non, ça ne s’est pas produit. Ou alors c’est… en principe tout… enfin, tout ce qui se passe dans la région est fortement affecté par le problème solaire qui provoque… oui, enfin… la tension monte et descend, vous voyez ? C’est à cause du problème solaire ».

-Opérateur électrique : « C’est à cause de la variation de la production solaire, n’est-ce pas ? »

-REE : « Oui, pour la question de la régulation, eh bien, le solaire, eh bien, il entre, il sort et… au final, eh bien, ça provoque… que la tension monte ou descende ».

-Opérateur électrique : « D’accord ».

« C’est foutu ! »

A 12h13.

Opérateur électrique : « Je vous appelle parce que Trillo subit pas mal d’oscillations de tension, je ne sais pas si cela est dû au photovoltaïque comme ailleurs ou si quelque chose s’est produit… ».

-REE (Red Eléctrica) : « Oui, le seul problème, c’est que Trillo n’était en principe pas couplé, n’est-ce pas ? Mais ils constatent plutôt… ».

-Opérateur électrique : « Oui. »

-REE : « D’accord, d’accord. Oui, c’est vrai, il y a des oscillations dans tout le système, hein ? »

-Opérateur électrique : « À cause du photovoltaïque ».

-REE : « À cause du photovoltaïque, parce qu’il oscille maintenant, on ne sait pas trop pourquoi, mais… il y a de très fortes variations du photovoltaïque dues aux prix, aux échanges… peu de groupes avec de l’inertie dans le système… (SOUPIR) c’est foutu ! »

Le réseau électrique espagnol a encore failli tomber le 28 janvier dernier et est une menace pour toute l’Europe

Le pire, c’est que le système électrique espagnol est toujours aussi fragile et représente une menace pour l’ensemble du système électrique européen. Il a failli à nouveau connaître un blackout de grande ampleur le 28 janvier dernier. Cette fois, ce ne sont pas les parcs solaires photovoltaïques qui ont déstabilisé le réseau électrique, mais les parcs éoliens contraints par la tempête Kristin de se mettre par sécurité en arrêt d’urgence. Le recours aux centrales à gaz, mises cette fois en réserve, et la coupure d’alimentation forcée des grands groupes industriels ont évité le pire. Il s’en est fallu de quelques minutes. Rappelons que le 28 avril 2025, le système électrique français a été impacté par l’effondrement espagnol.

Comme l’expliquait au début de l’année à Transitions & Energies, André Palu, Secrétaire National Affaires Publiques et Européennes du syndicat CFE Énergies, ingénieur en génie atomique, « le système s’est écroulé en arrivant jusqu’à la France. Il a fallu couper le réseau français du réseau ibérique. S’il n’y avait pas eu séparation, le système français se serait aussi écroulé et le système européen se serait écroulé. Cela aurait été une catastrophe. Heureusement, les protections ont agi. Mais pour montrer le risque, on a la centrale nucléaire de Golfech qui est tombée. Comme on a un parc pilotable très puissant, le système s’est rééquilibré en France et personne n’a rien vu sauf au pays basque. Et quelques heures plus tard, la France a réinjecté de l’électricité pour permettre aux systèmes espagnol et portugais de redémarrer. »

Mais avec la PPE3 et des investissements massifs dans les renouvelables intermittents qui ont la priorité sur les réseaux sur le nucléaire et l’hydraulique, la France pourrait se retrouver dans les prochaines années dans une situation comparable à celle de l’Espagne… Un comble pour le pays qui possède en Europe le parc nucléaire de loin le plus important.

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