Jamais deux oléoducs « de secours » n’avaient eu une telle importance stratégique. Le plus important relie sur 1.200 kilomètres les champs pétroliers saoudiens à la mer Rouge et au port de Yanbou. Il est baptisé tout simplement le pipeline « Est-Ouest ». Il permet de contourner le détroit d’Ormuz bloqué par la République islamique d’Iran en riposte aux attaques menées contre elle depuis le 28 février par les Etats-Unis et Israël. (voir la carte ci-dessous). L’an dernier, il passait en moyenne plus de 14 millions de barils de pétrole par jour et 4 millions de barils de produits pétroliers raffinés via le Détroit d’Ormuz, selon les données collectées par le cabinet de conseil en énergie Kpler.
Les deux pipelines de « secours »
Source : Energy Intelligence.
Cela représente un tiers des exportations mondiales de pétrole brut par voie maritime. Les trois quarts de ces barils ont été acheminés vers la Chine, l’Inde, le Japon et la Corée du Sud. La moitié du pétrole brut importé par la Chine passe par le détroit d’Ormuz.
Le premier exportateur mondial est l’Arabie Saoudite. Le royaume a exporté l’an dernier chaque jour 6,3 millions de barils de brut et environ 1,4 million de barils de produits pétroliers raffinés. Si l’Oléoduc « Est-Ouest » a un potentiel important de 7 millions de barils de brut par jour, le port de Yanbou ne peut en exporter qu’environ 4,5 millions de barils quotidiennement. Mais c’est toujours cela de pris quand dans le même temps les seuls tankers qui passent par le détroit d’Ormuz sont ceux battant pavillon iranien à destination de la Chine. Sachant que la République islamique produit environ 3,3 millions de barils par jour.
L’oléoduc « Habshan-Fujairah »
Il existe aussi un second oléoduc de « secours », plus petit, appartenant aux Émirats arabes unis, baptisé « Habshan-Fujairah ». Il fait 360 kilomètres et a une capacité de 1,5 million de barils par jour qui pourrait éventuellement passer à 1,8 million de barils par jour. Il permet de contourner le détroit d’Ormuz et débouche dans la mer d’Oman, un peu plus au sud, qui est moins exposée mais n’est pas du tout à l’abri des attaques iraniennes. Ainsi, au cours des dernières heures, l’Iran a attaqué le port de Fujairah avec des drones pour tenter d’empêcher la poursuite d’une partie des exportations de pétrole par les Emirats arabes unis. Ils produisaient l’an dernier 3,8 millions de barils par jour.
Au total, et en théorie, environ 9 millions de barils de pétrole pourraient continuer à sortir du Golfe persique, ceux passant par la mer Rouge et l’oléoduc « Est-Ouest », par l’oléoduc « Habshan-Fujairah » et ceux produits, si cela est encore possible par l’Iran. Le nombre réel est forcément bien plus faible. Mais cela permet de retarder l’échéance d’une véritable pénurie, surtout combiné avec la mise sur le marché d’une partie des réserves stratégiques des principaux pays consommateurs pour un total annoncé de 400 millions de barils.
Le principal risque de pénurie concerne les produits raffinés, diesel et kérosène
Maintenant, dans la rupture d’approvisionnement actuelle, le principal risque de pénurie qui concerne avant tout l’Europe, est celui des produits pétroliers raffinés. Car les pays européens ont eu tendance depuis de nombreuses années à fermer des raffineries, trop polluantes, et à décourager les investissements dans ce domaine. Résultat, l’Europe a délocalisé le raffinage. D’abord à la Russie et depuis l’invasion de l’Ukraine par cette dernière en février 2022, aux raffineries du Moyen-Orient, de Turquie, d’Amérique du Nord et même d’Asie. Au début de 2026, environ 30% des importations européennes de diesel et environ la moitié des importations de kérosène avaient pour provenance le Moyen-Orient. Cela explique pourquoi les prix du diesel à la pompe sont plus élevés que ceux de l’essence en dépit de taxes légèrement plus faibles.
L’Arabie saoudite possède bien des installations de raffinage au bord de la mer Rouge, mais elle ne peut pas beaucoup les alimenter car elle doit respecter ses obligations contractuelles vis-à-vis de l’Asie, qui recevait 75% des exportations saoudiennes de brut en 2023.
Le danger représenté par les Houthis
Les exportations de pétrole via la mer Rouge présentent aussi un risque si les Houthis, les affidés de la République islamique d’Iran qui contrôlent une partie du Yémen, se remettaient à s’en prendre au trafic maritime notamment dans le détroit de Bab el-Mandeb entre d’un côté Djibouti et l’Érythrée en Afrique et le Yémen. Ils l’ont fait en 2023 et 2024 et ne sont pour l’instant pas entrés dans le conflit après avoir été durement frappés par les Israéliens et les Etats-Unis et avoir accepté une trêve. Ce qui ne garantit pas qu’ils ne vont pas être « activés » à nouveau par l’Iran. Et cela même si Bab el-Mandeb est, d’après les experts militaires, plus facile à protéger que le détroit d’Ormuz.














