Coût de la PPE3, un mensonge d’Etat

13 février 2026

Temps de lecture : 5 minutes
Photo : Billets euros wikimedia commons
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Coût de la PPE3, un mensonge d’Etat

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Non, la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) ne sera pas indolore pour les finances publiques exsangues du pays comme le martèle depuis plusieurs jours le gouvernement Lecornu. Il essaye de masquer le fait qu’elle coûtera des centaines de milliards d’euros au contribuable et au consommateur d’électricité. Les coûts directs du soutien aux renouvelables intermittents pourraient dépasser 200 milliards d’euros d’ici 2060 dont près de 100 milliards relevant de la PPE3 exclusivement. Les coûts indirects liés à la  modernisation et l’adaptation du réseau électrique, sont estimés à 200 milliards d’euros d’ici 2040 par RTE et Enedis. Il faut y ajouter les pertes d’EDF, du fait de l’effacement de son parc nucléaire qui réduit son chiffre d’affaires et augmente le coût de la maintenance des réacteurs. Elles représentent plusieurs milliards d’euros. Et tout cela pour des capacités supplémentaires de production d’électricité dont le pays n’a nul besoin !

A en croire la présentation officielle de la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) par le gouvernement, son coût pour les finances publiques sera minime. Il est question d’une « trajectoire maîtrisée pour les finances publiques ». Car « la production d’électricité sera majoritairement soutenue par des appels d’offre compétitifs, garantissant une minimisation des coûts pour l’Etat ». L’Etat paye pendant les 20 ans d’exercice du contrat signé avec l’opérateur éolien ou solaire la différence entre le prix garanti résultant de l’appel d’offre et le prix du marché si celui-ci est inférieur, ce qui est le cas la plupart du temps.

L’appel d’offre se traduit donc par une dette de l’Etat qui commence à être payée effectivement 3 ou 4 ans après la signature du contrat quand le parc éolien ou solaire est opérationnel. C’est en quelque sorte un achat à terme d’électricité à un prix fixé d’avance et écoulé par l’Etat sur le marché comme il le peut. Car il est obligé d’acheter l’électricité produite et quand le réseau est saturé et ne peut l’absorber, il doit alors dédommager l’opérateur. Mais il y a déjà un problème avec les appels d’offre.

De la corruption sur les appels d’offre ?

La Commission de Régulation de l’Energie (CRE) s’était ainsi inquiétée l’an dernier de leur mauvais fonctionnement. Ce qui n’avait pas beaucoup attiré l’attention. Il existe un prix plafond qui est censé être confidentiel et sert à protéger tout de même un peu le contribuable. Mais la CRE (Commission de régulation de l’énergie), pourtant farouchement favorable aux renouvelables intermittents, mentionne dans sa délibération du 27 mars 2025 que « les prix des projets déposés sont très concentrés, et proches du prix plafond. La CRE ne peut que s’interroger sur cette proximité, alors que le prix plafond est confidentiel. On peut craindre que le prix plafond soit connu de certains acteurs ». En clair, il y aurait de la corruption dans le système des appels d’offre…

Cela signifie que les projets éoliens qui ont été soumissionnés se sont trouvés, par un « heureux » hasard, souvent très proches du prix plafond. Ce qui revient à maximiser la rentabilité des parcs et a augmenter le coût pour les finances publiques.

Un graphique construit à partir d’hypothèses très favorables

Le rapport demandé par le gouvernement Lecornu à la fin de l’année dernière à Jean-Bernard Lévy, ancien PDG d’EDF (2014-2022) et au haut fonctionnaire Thierry Tuot, conseiller d’État et premier directeur général de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) entre 2000 et 2003, sur les coûts réels des renouvelables intermittents aurait dû ou devrait apporter une réponse à ce problème des appels d’offre. Mais la PPE3 a été promulguée pour profiter d’une fenêtre politique favorable sans attendre sa publication. On se demande pourquoi…

Pour tenter de montrer que la PPE3 ne pèsera pas « trop » sur des finances publiques déjà exsangues, et en-dehors donc de vagues promesses, le gouvernement a publié le maigre graphique que l’on peut trouver ci-dessous. Il s’agit du coût annuel en milliards d’euros du soutien du budget de l’Etat aux renouvelables intermittents. Le problème est qu’il est trompeur. Il est construit à partir d’hypothèses favorables et peu vraisemblables. Sans le dire, cette courbe fait référence à un prix dit médian de l’électricité.

Car il existe en fait trois scénarios de prix de gros moyens de l’énergie qui ont été étudiés pour estimer les coûts du soutien public au développement des renouvelables intermittents. Plus le prix est élevé, moins l’Etat doit payer de différence aux opérateurs de parcs éoliens et solaires. Dans le scénario bas, le prix de gros de l’électricité est de 50 euros par MWh. Dans le scénario médian, le prix de gros de l’électricité est de 70 euros le MWh. Et dans le scénario haut, le prix de gros de l’électricité atteint 95 euros le MWh.

Le scénario haut est celui d’une envolée des prix de l’énergie qui ne peut être liée qu’à un choc géopolitique. Le scénario médian correspond à une situation, toujours peu vraisemblable, qui verrait, pour des raisons inconnues, une envolée de la consommation d’électricité en France. Elle a baissé de 6% depuis 2019. Le prix à retenir est donc le prix bas bien moins favorable aux finances publiques. La démonstration de cela est apportée indirectement par la CRE. Elle a retenu comme prix de référence pour les charges de service public de l’électricité en 2026, le mécanisme de soutien au prix, 50,88 euros par MWh.

212 milliards d’euros d’ici 2060 pour le soutien total aux renouvelables intermittents

Henri Wallard, polytechnicien, école des Mines, docteur en statistique et qui a été, entre autres, le premier directeur général de l’ANDRA (Agence nationale des déchets radioactifs), a fait des calculs autrement plus précis et justes. Il les a reconstitués à partir des hypothèses calculées sur la PPE3 dans sa formule de 2025. Les scénarios bas de la PPE3 version 2025 sont très similaires à ceux de la PPE3 2026 promulguée le 13 février. L’idéal serait évidemment que l’Etat produise une information actualisée qui ne relève pas d’une opération de communication. On a le droit de rêver…

Henri Wallard est notamment l’auteur avec Marc Fontcave, professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, et André Merlin, Président d’honneur et fondateur de RTE et ancien président du Conseil international des grands réseaux électriques (Cigre), d’une tribune dans le Figaro parue le 11 février et intitulée : « Le premier ministre doit écouter les experts avant de promulguer la PPE 3 ». Elle n’a manifestement pas été entendue. (André Merlin est le Président de la société éditrice de Transitions & Energies).

D’après les calculs d’Henri Wallard, le coût direct de la PPE3 et de l’ensemble des subventions aux projets renouvelables intermittents éoliens et solaires représente 212 milliards d’euros d’ici 2060. Et cela évidemment sans prendre en compte les coûts indirects qui sont la modernisation et l’adaptation indispensables et très coûteuses (200 milliards d’euros d’ici 2040 selon RTE et Enedis) du réseau électrique. Il faut y ajouter les pertes d’EDF, du fait de l’effacement de sa production nucléaire, qui réduit son chiffre d’affaires et augmente le coût de la maintenance des réacteurs. Elles représentent plusieurs milliards d’euros. On pourra avoir une idée plus précise si le gouvernement n’empêchait pas EDF de rendre public le rapport interne fait sur ce problème.

Près de 100 milliards d’ici 2060 uniquement pour la PPE3

Pour ce qui est du coût direct d’une politique favorable aux renouvelables intermittents, Henri Wallard explique qu’« avec les capacités programmées et le prix de référence de l’électricité raisonnable (50 euros par MWh) qui est un des scénarios de la DGEC [Direction générale de l’énergie et du climat] et aussi le prix 2026 retenu par la CRE qui est de 50,88 €/MWh en se fondant sur les documents de la consultation de 2025, les coûts futurs de soutien aux EnR sont d’ici 2060 de 114,3 milliards d’euros pour les projets déjà engagés et 98,2 milliards d’euros pour les nouveaux projets annoncés par la PPE3 ».

Cela représente 212 milliards d’euros. Et il s’agit d’une estimation faite à partir de documents officiels de la DGEC et de la CRE qui sont des acteurs publics « engagés » qui ne cessent depuis des années de militer pour les renouvelables intermittents et contre le nucléaire. On peut trouver ci-dessous le tableau de la DGEC de 2025 avec les trois hypothèses de prix médian de l’électricité.

I

On peut bien parler de mensonge d’Etat dans un dossier déjà bien lourd qui revient, quelle que soit la façon dont on l’aborde, à privilégier des intérêts privés au détriment de l’intérêt général en les subventionnant massivement pour produire une électricité dont le pays n’a nul besoin. Il produit déjà en surabondance (25% d’excédent par rapport à la consommation) une électricité décarbonée à 95%. Et la fameuse électrification des usages annoncée en fanfare par le gouvernement pour justifier la PPE3 sans expliquer le moins du monde comment elle va se faire reste une vue de l’esprit, aussi souhaitable soit-elle.

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