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Charbon

En 2021, la consommation de charbon dans le monde sera proche de ses niveaux records


C’est une réalité difficile à accepter par les pays occidentaux en général et européens en particulier. La transition énergétique ne dépend pas de nous. Elle est entre les mains de la Chine, de l’Inde et dans une moindre mesure de l’Afrique et de la Russie. L’Europe peut faire tous les efforts et exercer toutes les contraintes sur ses agents économiques, si la Chine et l’Inde n’arrivent pas à se passer de charbon pour satisfaire leurs besoins croissants en électricité, cela ne servira à rien. Et la consommation de charbon en Chine et en Inde a continué et va continuer à augmenter.

En matière d’énergie, il y a les discours officiels, les engagements, les promesses et la réalité des besoins à satisfaire, des marchés, des tensions sociales et des prix. Il n’est pas nécessaire de développer l’idée simple que l’énergie est le moteur de l’économie et qu’aucun bien ou service n’existe sans recours d’une façon ou d’une autre à une source d’énergie. Cela signifie que quand l’énergie vient à manquer et quand les prix s’envolent, les gouvernements n’ont plus qu’une seule priorité réussir à satisfaire la demande dans des conditions économiquement acceptables. La question de la réduction des émissions de gaz à effet de serre passe alors au second plan.

C’est exactement ce que montre le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) baptisé Coal 2021. Il montre que la consommation mondiale de charbon aura rebondi de 6% en 2021 (par rapport à 2020) et va encore augmenter en 2022. «Le charbon est la source principale d’émissions de carbone dans le monde, et cette année les niveaux historiquement très élevés de production d’électricité avec du charbon sont un signe inquiétant qui montre comment le monde est très loin d’une trajectoire lui permettant de ramener les émissions à zéro net», écrit Fatih Birol, le directeur exécutif de l’AIE.

La consommation de charbon est repartie en Chine dès 2020

La consommation mondiale de charbon avait bien baissé de 4,4% en 2020 (par rapport à 2019) du fait de la pandémie du Covid et de la récession mondiale qui a suivi. «La plus forte baisse depuis de nombreuses décennies», écrit l’AIE. Mais d’une part, cette évolution a été très contrastée et surtout elle n’a pas duré. En 2020, la demande de charbon a ainsi continué à augmenté de 1% en Chine, le pays qui absorbe plus de la moitié de la production mondiale, tendis qu’elle a chuté dans le même temps de près de 20% aux États-Unis et dans l’Union européenne (mais aussi de 8% en Inde, le deuxième consommateur mondial de charbon).

En 2021, la consommation mondiale de charbon pourrait, avec le rebond de la production industrielle et la hausse des prix du gaz et de l’électricité, croître de 6% selon les dernières estimations de l’AIE, «se rapprochant des niveaux records atteints en 2013 et 2014». Au-delà de 2021, l’AIE envisage à nouveau des baisses de consommation de charbon dans les économies dites avancées qui seront plus que «compensées par une croissance de la demande dans certaines économies émergentes et en développement». Et cela en dépit d’une envolée des prix du charbon depuis le début de l’année qui ont plus que doublé passant de 60 à 150 dollars la tonne. Dans le même temps, les cours du gaz ont été multipliés par six… L’Agence estime ainsi que la consommation mondiale de charbon pourrait atteindre le niveau record de 8.025 Mt en 2022, puis peut-être se stabiliser d’ici 2024-2025…

La Chine et l’Inde détiennent les clés

Sans surprise, l’avenir du charbon est entre les mains de la Chine et de l’Inde, les deux pays les plus peuplés, de loin, de la planète qui représentent les deux-tiers de la consommation. En Chine, la consommation de charbon pourrait augmenter d’environ 1% par an d’ici à 2024 (+ 135 Mt par rapport à 2021) «soutenue par la croissance rapide de la demande d’électricité et la résilience de l’industrie lourde», et en dépit des efforts du pays pour diversifier son mix électrique (en développant massivement les capacités hydroélectriques, éoliennes, solaires et nucléaires). L’Inde doit aussi faire face à des besoins d’électricité en forte progression ce qui pourrait se traduire par une augmentation presque aussi importante de la consommation de charbon d’ici 2024 (+ 129 Mt par rapport à 2021, soit une progression annuelle d’environ 4%).

Le moteur de la demande de charbon est avant tout la production électrique même si l’industrie avec la production d’acier et de ciment occupe une place importante. La Chine fait face depuis le début de l’année à des pénuries d’électricité et des coupures répétées de courant. L’envolée des prix du gaz naturel a évidemment encore compliqué la situation. Conséquence, la production mondiale d’électricité à partir du charbon devrait avoir augmenté de 9% en 2021 (par rapport à 2020) pour atteindre un nouveau niveau record de 10.350 TWh.

La hausse de production des centrales à charbon pourrait être de près de 20% aux États-Unis et dans l’Union européenne (de 12% en Inde et de 9% en Chine). La part du charbon dans le mix électrique mondial pourrait ainsi atteindre 36% en 2021.

L’AIE a beau jeu de souligner «l’écart majeur» entre les promesses de neutralité carbone énoncées par de nombreux pays durant la COP26 et la réalité. Elle met en avant l’importance de déployer rapidement, notamment en Chine et en Inde, dans ces deux pays des systèmes de capture et de stockage du CO2 dans les centrales.

La rédaction

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