<i class='fa fa-lock' aria-hidden='true'></i> Cachez ce pétrole et ce gaz que je ne saurais voir

10 mars 2026

Temps de lecture : 6 minutes
Photo : Guyana exxon-rig D.R. EXXON
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Cachez ce pétrole et ce gaz que je ne saurais voir

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Si elles le voulaient, l’Europe et la France pourraient produire une bonne partie du pétrole et du gaz qu’elles consomment. Il existe dans le sous-sol européen en général et français en particulier des quantités assez importantes de pétrole et de gaz. Plutôt que les importer, de n’avoir aucune sécurité d’approvisionnement et d’être totalement dépendants des évolutions géopolitiques, que ce soit l’invasion de l’Ukraine ou l’attaque américano-israélienne de la République islamique d’Iran, nous pourrions retrouver de la souveraineté et payer cette énergie bien moins chère. Il ne s’agit pas de renoncer à la transition énergétique et à l’abandon progressif des combustibles fossiles, mais de toute façon nous ne pourrons pas nous en passer pendant encore de nombreuses décennies. Et du pétrole et du gaz de schiste, il y en a en Europe, en France métropolitaine et du pétrole et du gaz conventionnel vraisemblablement en grandes quantités au large de la Guyane. Mais il est même interdit par la loi Hulot de 2017 de s’en assurer… Car la tentation serait sans doute alors trop grande d’exploiter une richesse représentant des dizaines voire des centaines de milliards d’euros tout comme le Guyana, le Suriname et le Brésil... qui sont les voisins de la Guyane. La France préfère ne pas savoir, la politique de l’autruche.

Après la crise énergétique profonde de 2021-2022, celle qui est née à la suite des attaques américano-israéliennes contre la République islamique d’Iran illustre la situation très précaire de l’Europe. Elle a un problème récurrent de sécurité d’approvisionnement et donc de souveraineté. La France importe environ 1,5 million de barils par jour, soit près de 75 millions de tonnes par an.

Il serait possible d’y remédier en partie au moins, en exploitant les ressources en hydrocarbures qui existent dans notre sous-sol. Elles sont relativement abondantes et les exploiter ne signifie pas ne pas vouloir remplacer les combustibles fossiles par des sources d’énergie bas carbone, mais tant qu’elles sont indispensables, et elles le seront encore pour des décennies, ne pas être totalement dépendants.

Courage politique

Mais pour cela, il faut du courage politique et la volonté d’expliquer aux opinions que si nous cherchons et exploitons le pétrole et le gaz de notre sous-sol, nous le paierons moins cher et nous pourrons avoir des politiques commerciales, industrielles, financières et militaires bien plus indépendantes.

Plusieurs pays européens ont tout de même décidé de relancer les recherches de pétrole et surtout de gaz dans leurs eaux territoriales. C’est le cas de la Grèce, de l’Italie et, en-dehors de l’Union Européenne, du Royaume-Uni. Par ailleurs, la Pologne a fait une découverte majeure en mer Baltique d’un gisement de pétrole et de gaz et la Norvège, déjà grand producteur de gaz et grand bénéficiaire de la guerre en Ukraine et aujourd’hui de celle en Iran, a pris la décision de forer 250 puits d’exploration au cours de la prochaine décennie en mer du Nord.

Pas renoncer à la transition, mais produire sur place plutôt qu’importer

Il ne s’agit pas de consommer plus d’hydrocarbures, mais de les produire soit même plutôt que les importer. Car l’électrification des usages, qui est le seul moyen de décarboner les économies à grande échelle, est un processus lent et difficile. Il faut que l’électricité soit décarbonée mais surtout abondante et bon marché pour être compétitive. Et puis toutes les technologies de substitution aux combustibles fossiles, notamment dans l’industrie lourde, les transports (notamment aérien et maritime), l’agriculture, sont loin d’être matures et accessibles à des coûts acceptables.

Dans ces conditions, la sécurité d’approvisionnement énergétique, la souveraineté et l’accès à des ressources d’hydrocarbures à des coûts maîtrisés ne sont pas absurdes. Sauf pour la France qui vit dans un monde de fantaisies, celui où l’électrification des usages va se faire par miracle grâce à la mise en œuvre d’une PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) qui va consister à produire en grande quantité une électricité renouvelable intermittente coûteuse, subventionnée massivement et dont le pays n’a pas besoin. Il produit déjà 25% d’électricité de plus que ses besoins et elle est décarbonée à 95%.

La France préfère ne pas savoir, la politique de l’autruche

Pour en revenir au pétrole et au gaz, la France aurait sans doute accès à des gisements de pétrole et de gaz de schiste en métropole et notamment dans le bassin parisien, qui selon les experts seraient prometteurs mais engendreraient de sérieux problèmes environnementaux, et à des gisements conventionnels offshore bien plus facilement exploitables en Guyane. Le Guyana voisin est devenu soudain un eldorado pétrolier tout comme le Suriname, un autre voisin, et pour finir le Brésil, lui aussi voisin, un grand producteur mondial. Mais il n’est pas question d’aller même explorer le potentiel…

Et pourtant, à Saint-Georges de l’Oyapock en Guyane, il suffit de regarder de l’autre côté du fleuve, à 300 mètres de là, pour comprendre. En face, à Oiapoque, côté brésilien, les discussions portent sur les forages offshore, les bases logistiques, les navires spécialisés qui entrent et sortent du port. Du côté français, le sous-sol est juridiquement verrouillé. Mais géologiquement, le fleuve ne sépare rien.

Le Guyana, le Suriname et évidemment le Brésil sont des producteurs de pétrole

La Guyane se trouve au cœur d’une région où les découvertes pétrolières se multiplient depuis plusieurs années. Parmi ses voisins, le Guyana donc produit déjà 660.000 barils par jour, le Suriname a engagé des investissements pétroliers estimés à plus de 9,7 milliards d’euros tandis que le Brésil, via la compagnie nationale Petrobras, intensifie ses campagnes d’exploration offshore.

La prospérité soudaine et insolente du Guyana voisin dont la production et les exportations de pétrole connaissent une croissance très rapide, agite la Guyane française. La croissance économique du Guyana a atteint 10,3% en 2025 et 43,6% en 2024 ! Aujourd’hui, le Guyana a donc une production supérieure à 660.000 barils par jour qui devrait atteindre 1,3 million de barils par jour d’ici 2030. Une nappe de 11 milliards de barils a été découverte en 2015 par ExxonMobil.

Et il n’y a pas que du pétrole. ExxonMobil et ses partenaires étendent leurs activités, planifient des projets d’acheminement du gaz vers les côtes, augmentent la production de gaz et envisagent même d’exporter du GNL (Gaz naturel liquéfié). Enfin, l’Europe est le principal acheteur du brut du Guyana et a absorbé en 2024 66% de ses exportations.

Les élus de la Guyane, de droite comme de gauche, en faveur de l’exploration

Et il n’y a pas que le Guyana. En 2021, le Suriname, pays aussi limitrophe de la Guyane, situé sur l’autre rive du fleuve Maroni, a fait une découverte de gisements importants. TotalEnergies est de la fête en investissant près de 10 milliards d’euros pour exploiter les premiers barils qui sont attendus en 2028.

Les élus locaux de la Guyane, de droite comme de gauche, sont convaincus qu’il y a des gisements d’hydrocarbures au large de leurs côtes. Le gouvernement et même TotalEnergies, échaudés par la violence des mouvements écologistes radicaux, ne veulent surtout pas le savoir. Et il faudrait en outre que le Parlement modifie la loi Hulot votée en 2017 avec la bénédiction d’Emmanuel Macron. Elle interdit tout simplement l’attribution de tout nouveau permis de recherche d’hydrocarbures en France… On ne parle même pas d’exploitation.

Des traces d’hydrocarbures trouvées en 2011

En 2011, TotalEnergies avait bien obtenu un permis d’exploration offshore baptisé Zaedyus. Des études sismiques avaient été menées et un puits foré en eau profonde. Des indices d’hydrocarbures avaient été détectés mais pas assez pour lancer une exploitation industrielle rentable selon les critères de l’époque. Et ces tests n’étaient pas suffisants. L’exploration pétrolière fonctionne par essais successifs avant que l’existence d’un gisement majeur soit confirmée. Au Guyana, les grandes découvertes ont été faites après plusieurs tentatives.

L’un des scénarios les plus modestes envisagé en 2011 évoquait 120.000 barils par jour pendant dix ans. Cela représente environ 438 millions de barils, soit 35 milliards d’euros pour un baril de Brent à 80 euros. Il est aujourd’hui proche de 100 euros. Les hypothèses plus optimistes parlent d’un volume théorique de 5 milliards de barils, ce qui ferait augmenter le potentiel des réserves guyanaises à environ 400 milliards d’euros !

La remise en question de la loi Hulot, perçue par certains comme un « verrou colonial » qui participerait à la « mise sous cloche » de l’ancienne colonie devenue département en 1946 serait très bien accueillie en Guyane, tant par les milieux patronaux que par des figures de la gauche autonomiste et indépendantiste. Mais les gouvernements successifs ne veulent pas en entendre parler.

Le gouvernement et TotalEnergies craignent les mouvements écologistes

Le 29 janvier 2026, le Sénat a pourtant adopté par 227 voix contre 105 une proposition de loi portée par le sénateur de Guyane Georges Patient visant à autoriser à nouveau la recherche et l’exploitation des hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer, sans remettre en cause l’interdiction en métropole. Les partisans du texte estiment que refuser toute production nationale tout en continuant à importer massivement du pétrole maintient une dépendance énergétique durable et prive la Guyane d’un levier potentiel de développement. TotalEnergies ne veut pas en entendre parler et se retrouver en butte, encore plus, aux mouvements écologistes radicaux. Le gouvernement s’y est opposé, jugeant cette orientation incompatible avec les engagements climatiques de la France. Il vaut mieux importer le pétrole et le gaz ! Vous avez dit hypocrisie…

La mer de Barents

Très loin de la France et plus encore de la Guyane, une étude récente du cabinet Rystad Energy, souligne le potentiel pétrolier et surtout gazier de la mer de Barents. L’étude souligne qu’une refonte de la politique arctique de l’UE pourrait permettre au gaz norvégien de la mer de Barents de rester encore une source d’approvisionnement importante dans les années 2030, offrant à l’Europe une option d’approvisionnement proche, via gazoducs, et à bien plus faibles émissions que le GNL (Gaz naturel liquéfié).

L’analyse de Rystad Energy suggère que l’UE pourrait stimuler la production dans la mer de Barents en délimitant plus clairement ses frontières, tant sur le plan géographique qu’opérationnel, sans pour autant affaiblir sa position en matière de climat. L’UE pourrait le faire en définissant plus précisément le périmètre de l’« Arctique » et en subordonnant toute éligibilité à des exigences explicites en matière d’émissions et d’environnement.

Dans le scénario de base de Rystad Energy pour l’UE27 plus le Royaume-Uni, la Norvège fournirait environ 20 à 30% de la demande de gaz jusqu’en 2050, le GNL passant de 30 à 50% au cours de la même période, ce qui augmenterait l’exposition de l’Europe aux fluctuations des marchés mondiaux.

Les ressources potentielles sont considérables. Selon les estimations de la Direction norvégienne des hydrocarbures, les zones de la mer de Barents déjà ouvertes à l’exploration contiennent environ 3,5 milliards de barils équivalent pétrole de gaz naturel, soit environ 623 milliards de mètres cubes. L’Europe consomme par an environ 350 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

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