Exportations record d’électricité par la France en 2025, il n’y a pas de quoi pavoiser

5 janvier 2026

Temps de lecture : 5 minutes
Photo :
Abonnement Conflits
Abonnement Conflits

Exportations record d’électricité par la France en 2025, il n’y a pas de quoi pavoiser

par

RTE (le Réseau de Transport d’Electricité) s’est chaudement félicité à la fin de la semaine dernière du nouveau record d’exportations d’électricité battu en 2025 par la France. Il n’y a pourtant aucune raison de le faire. C’est la démonstration que la politique énergétique menée depuis des années dans le pays et prônée par RTE est en échec. La production d’électricité décarbonée (à 95%) est surabondante et la consommation d’électricité en France est en baisse. Quant à l’électrification des usages, la clé de la transition énergétique, elle reste une vue de l’esprit. Mais RTE continue néanmoins à prôner des investissements massifs dans des capacités de production renouvelables intermittentes dont le pays n’a pas les moyens et surtout n’a nul besoin ni à court, ni à moyen terme.

S’il était encore nécessaire de démontrer que la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3) est totalement hors sujet en stipulant des investissements massifs et coûteux dans des équipements renouvelables intermittents éoliens et solaires, il suffit de se pencher sur les exportations françaises d’électricité l’an dernier. Elles ont atteint un nouveau record et illustrent le fait que la France produit en surabondance une électricité décarbonée à 95%, un chiffre atteint en 2024 comme en 2025.

Le solde exportateur net d’électricité de la France en 2025 a été de 92,3 TWh, mieux encore donc que le précédent record de 89 TWh de 2024. « On parle ici de volumes considérables : 92 TWh, c’est plus que la consommation annuelle d’un pays comme la Belgique », souligne et se félicite Thomas Veyrenc, le directeur général économie, stratégie et finances de RTE (Réseau de transport d’électricité) sur Linkedin. Mais on peut aussi voir l’autre facette de cette information. C’est la démonstration de l’échec de l’électrification des usages qui est le cœur de la transition énergétique et le meilleur moyen, de loin, de remplacer les combustibles fossiles et décarboner l’économie. C’est l’échec d’une politique énergétique prônée depuis des années par RTE… Et qui se traduit par une baisse de la consommation d’électricité en France.

Une baisse de consommation pour de mauvaises raisons

Elle se fait pour trois raisons. Une bonne, l’amélioration de l’efficacité énergétique (faire autant avec moins d’électricité) et deux mauvaises. A savoir, la poursuite de la désindustrialisation du pays et l’effet prix sur les consommateurs, particuliers comme entreprises, qui payent plus cher une électricité produite en surabondance du fait notamment des investissements et des subventions qui accordent une véritable rente aux renouvelables intermittents, éoliens et solaires. Une rente qui ne peut que continuer dans les prochaines années à peser toujours plus lourd sur le contribuable et les factures du consommateur car les capacités électriques renouvelables vont continuer à croître compte tenu des nouveaux équipements déjà autorisés, plus de 50 GW (36 GW de solaire et 17 GW d’éolien) même si tous ne verront sans doute pas le jour au final.

Des exportations record

Source : RTE

Selon les données provisoires transmises par RTE, la consommation d’électricité en France est donc restée en fait inchangée en 2025 par rapport à 2024 à 449 TWh, mais en baisse par rapport à ses niveaux d’avant la pandémie de Covid. « Elle demeure inférieure, pour la troisième année consécutive, d’environ 6% à ses niveaux de la période 2014-2019 : la consommation d’électricité du pays n’est donc pas alignée sur ses objectifs de décarbonation et de réindustrialisation », reconnait sobrement RTE. La production d’électricité a elle très légèrement progressé, de 1% à 544 TWh, « son niveau moyen antérieur aux crises sanitaire et énergétique ». Et « comme en 2024, (elle) a été produite à 95% à partir de filières bas-carbone », c’est-à-dire nucléaire, hydraulique et renouvelables intermittents, indique le gestionnaire du réseau.

Production électricité en 2025

Source : RTE

Pour le parc nucléaire, la production totale a été de 371 TWh, soit 11 TWh supplémentaires par rapport à 2024, soit tout de même l’équivalent de la production annuelle de 2 réacteurs de 900 MW. Le parc comprend 57 réacteurs depuis la mise en service effective de l’EPR de Flamanville à la toute fin de l’année.

Cette performance du nucléaire s’explique par deux facteurs. D’abord, la production nucléaire d’EDF est remontée, après la crise de la corrosion sous contrainte, à ses niveaux d’avant Covid. Ainsi, le parc nucléaire a retrouvé, avec l’apport de l’EPR de Flamanville et à l’occasion de la vague de froid, une capacité de production de plus de 56 gigawatts, son plus haut niveau depuis janvier 2019. Voir ci-dessous lors de la journée du 31 décembre 2025. Et en 2019, les deux réacteurs de la centrale de Fessenheim n’avaient pas été définitivement mis à l’arrêt par Emmanuel Macron.

Plus de 56 gigawatts de production nucléaire le 31 décembre 2025

Source : RTE

Maintenant, le parc des 57 réacteurs nucléaires du pays est malmené. Comme le montre la courbe horaire de production nucléaire (ci-dessous), il fait preuve de beaucoup de flexibilité saisonnière, ce qui est normal et ne présente pas un problème en soi, et de flexibilité horaire pour s’adapter aux variations de production des renouvelables intermittents. Ce qui est un problème économique, technique et même pour la sûreté du réseau électrique. La modulation de puissance des réacteurs affecte leur durée de vie. Mais les données chiffrées précises sur ce phénomène manquent. EDF doit donc rendre un rapport essentiel sur le sujet qui se fait attendre… Manifestement, le gouvernement n’a pas trop envie qu’il soit publié, ce qui ajouterait un nouveau clou dans le cercueil de la PPE3.

Les variations de la production d’électricité nucléaire

Pour en revenir aux exportations records d’électricité en 2025, RTE s’en félicite car elles « contribuent positivement à la balance commerciale de la France : le différentiel de prix avec les pays voisins se creusant en faveur de l’Hexagone, ils génèrent plus de revenus que l’an passé. La production française n’a donc définitivement pas été « bradée » en 2025 ». Il faudrait savoir ce que le mot bradé signifie…

Les exportations d’électricité ont représenté 5,4 milliards d’euros de recettes pour le pays en 2025, selon des données provisoires, contre 5 milliards d’euros en 2024. En 2025, le prix moyen obtenu par MWh exporté a donc été de 58,5 euros (92,3 TWh). En partant du principe que les importations (11,3 TWh) ont été payées au même prix moyen que l’ensemble des exportations (103,6 TWh). Ce qui est loin d’être assuré.

Mais même en partant de cette hypothèse, il n’y a pas vraiment de quoi pavoiser. La CRE (Commission de régulation de l’électricité) évalue à 60,3 euros le MWh le coût complet de production de l’électricité nucléaire historique. Et en plus dans l’électricité vendue par la France, il y en a une partie qui est produite à des coûts bien plus élevés que le nucléaire historique dont les renouvelables intermittents dont les tarifs garantis sont supérieurs à 80 euros le MWh sans compter le coût élevé de la nécessaire adaptation du réseau électrique à leur production dispersée géographiquement et aléatoire. Pas de quoi pavoiser.

À propos de l’auteur

La rédaction

La rédaction

Newsletter

Voir aussi

Share This
.et_pb_column_1_4 { display:none !important; } .wp-image-13628 { display:none !important; }