L’hydrogène vert est perçu actuellement en Europe comme un facteur majeur pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Ursula von der Leyen, la Présidente de la Commission européenne, considère qu’il est un élément de la souveraineté énergétique de l’Union Européenne (UE) et soutient le développement de l’European Hydrogen Backbone, le réseau de pipelines pour faire de l’Europe un leader technologique.
Malgré les critiques de la Cour des comptes européenne sur le manque de résultats concrets en 2025 (20 milliards d’euros investis, peu de production), la Commission continue de viser 10 millions de tonnes de production locale d’ici à 2030. C’est une estimation bien optimiste tandis que nombre de projets sont abandonnés ou retardés faute de rentabilité.
La demande n’existe pas
C’est le cas, entre autres, des géants énergétiques Exxon Mobil (suspension d’un grand projet de production d’hydrogène en 2025 en raison d’une faible demande), BP (abandon d’un gigaprojet de 30,77 milliards d’euros en Australie), le norvégien Statkraft (arrêt du développement de nouveaux projets) et Enel (abandon du second projet d’H2) ou dans le domaine de la métallurgie, ArcelorMittal (suspension des projets de décarbonation-acier vert- notamment en Allemagne et à Dunkerque).
Cet engouement pour l’hydrogène n’est-il pas dû au fait que les promoteurs de la transition énergétique verte ont enfin réalisé que la demande d’électricité en croissance forte, voire explosive (notamment en raison du développement accéléré du numérique) requiert une production d’énergie continue, abondante et bon marché, ce que les systèmes éolien et photovoltaïque (production et stockage) ne peuvent assurer, et qu’ils se rabattent sur l’hydrogène vert pour stocker de l’électricité et atteindre l’objectif précité ?
Il s’agirait de remplacer le méthane par un autre gaz permettant une production continue d’électricité indispensable au bon fonctionnement des industries telles que celles du ciment, de la métallurgie, de la chimie, de la verrerie et bien entendu du numérique, toutes grandes consommatrices d’électricité. Toutefois, l’hydrogène présente de nombreux biais.
Des coûts bien trop élevés
Quoiqu’il soit l’élément le plus abondant dans l’univers, le H2 ne peut être extrait de la croûte terrestre comme le gaz naturel (même si certains en rêvent), le charbon ou le pétrole. Il faut le produire. Dans le cadre de la politique zéro carbone, cette fabrication ne peut recourir aux énergies fossiles.
Le problème est qu’une production verte (par exemple, par électrolyse de l’eau, l’énergie étant fournie par des éoliennes ou des panneaux photovoltaïques) est nettement plus coûteuse que celle à partir de méthane. Le coût de l’hydrogène généré par vaporeformage de ce dernier est deux à trois fois plus bas que lorsqu’il est produit par électrolyse.
Ces coûts trop élevés associés aux incertitudes réglementaires ou à l’excès de réglementations et à la hausse des coûts de l’énergie qui conduisent à une rentabilité insuffisante, comptent parmi les raisons pour lesquels les projets d’hydrogène sont abandonnés ou suspendus.
Obstacles techniques
En outre, le recours à l’hydrogène présente nombre d’autres défis, notamment :
-son inflammabilité élevée ;
-sa faible densité volumétrique à l’état gazeux ;
-la contrainte de devoir utiliser des matériaux résistant à la fragilisation par l’hydrogène ;
-un système de sécurité plus stricte que celui lié aux combustibles fossiles ;
-le risque de fuite pour une molécule très légère ;
-l’adaptation des réseaux de transport et des stations de ravitaillement requérant de lourds investissements.
Il est piquant de constater que c’est au nom du principe d’autonomie que l’Union européenne promeut le recours à l’hydrogène vert et l’abandon total des combustibles fossiles d’ici à 2025, mais en ce faisant, elle n’augmente pas son autonomie énergétique vu qu’elle remplace cette dépendance par celle vis-à-vis de la Chine qui produit les équipements nécessaires à la décarbonation à un coût nettement inférieur à celui du marché occidental. A titre d’exemple, les électrolyseurs alcalins chinois coûtent environ un tiers du prix des modèles occidentaux.
Bref, l’UE et certains Etats membres se sont précipités dans le développement de l’hydrogène comme vecteur d’énergie sans avoir évalué au préalable les conséquences délétères de cette décision et avant d’avoir mis en place les adaptations industrielles, réglementaires et des infrastructures requises. Ce manque de réalisme de l’UE et de coordination entre Etats membres ne peut que conduire à l’échec du projet d’hydrogène vert.












