Face à l’imminence annoncée par le gouvernement de la publication par décret de la PPE3 (Programmation pluriannuelle de l’énergie version 3), le premier syndicat d’EDF, CFE Énergies, exige à nouveau la publication, empêchée par le gouvernement, de l’étude réalisée par EDF sur les conséquences techniques et économiques de l’effacement forcée de la production d’électricité nucléaire pour faire place à celle prioritaire des renouvelables intermittents, éoliens et solaires. Or, la PPE3 que le gouvernement a l’intention de faire passer en force dans les prochains jours stipule des investissements massifs et très coûteux pour les finances publiques dans les renouvelables dont la France, qui produit déjà une électricité surabondante et décarbonée à 95%, n’a nul besoin.
La Tribune a eu accès à ce rapport caché dont les conclusions sont inquiétantes. « EDF redoute une forte dégradation de son parc nucléaire et hydraulique. Et aucun avantage pour les ménages : ces derniers supporteraient, grâce à des prélèvements directs et indirects, le coût global d’un système suréquipé… », écrit La Tribune. EDF met en garde contre l’usure prématurée des réacteurs contraints à l’arrêt et la nécessité de remplacer et réparer bien plus souvent de nombreux équipements allant des turbopompes aux turbines et aux alternateurs. Mais le principal problème pourrait venir de la durée de vie réduite de réacteurs qui n’ont pas été conçus pour être mis à l’arrêt fréquemment… quand les productions solaires et éoliennes s’envolent du fait de la météorologie. Certains réacteurs pourraient atteindre bien plus tôt que prévu la limite autorisée pour des raisons de sûreté, dès leur conception, du nombre d’opérations d’arrêts et de démarrages.
Cela confirme ce qu’expliquait déjà en détail le mois dernier André Palu, Secrétaire National Affaires Publiques et Européennes de CFE Énergies et ingénieur en génie atomique dans Transitions & Energies, sur les lourdes conséquences de la modulation de puissance de plus en plus fréquente et importante des réacteurs nucléaires. Une réalité non seulement ignorée par les pouvoirs publics mais qu’ils veulent même cacher. « Nous sommes en train d’autodétruire notre système électrique avec le déversement des renouvelables. C’est une politique ubuesque… Avec une demande qui stagne et des renouvelables intermittents qui affluent, le nucléaire, notre énergie la plus stable, devient la variable d’ajustement d’un système mal pensé… C’est un non-sens industriel comme économique… On demande à nos réacteurs de durer 60 ans et au-delà tout en accélérant volontairement leur usure par des arrêts-redémarrages jamais prévus. Chaque cycle use les matériaux, grignote les marges techniques et fragilise la capacité du parc à tenir jusqu’en 2050… La PPE3, la pierre angulaire de la politique énergétique française pour la décennie à venir, ne peut faire comme si le désalignement structurel de notre système électrique n’existait pas. La détérioration entre guillemets volontaire de notre outil industriel ne peut pas continuer. Il est temps de se ressaisir. »
En décembre, CFE Énergies avait envoyé un courrier au Premier ministre Sébastien Lecornu et un autre au ministre de l’Economie et de l’énergie, Roland Lescure, pour leur demander de publiée le rapport d’EDF. Ces courriers sont restés sans réponses…
Nous publions ci-dessous l’intégralité d’un communiqué de presse rendu public le 4 février par CFE Énergies.
EXCÉS DE MODULATION DES OUTILS DE PRODUCTION PILOTABLES
LA CFE ÉNERGIES POINTE LES DÉRIVES ET APPELLE À RENDRE PUBLIC LE RAPPORT TECHNIQUE D’EDF EN AMONT DE LA PPE 3
Première organisation syndicale au sein d’EDF, la CFE Énergies alerte sur les risques croissants que fait peser la modulation excessive des moyens de production pilotables, laquelle menace la sûreté du système électrique et l’équilibre du réseau.
La CFE Énergies demande la publication dans les meilleurs délais, du rapport technique d’EDF afin d’objectiver ces impacts et de nourrir les travaux de la future « Programmation pluri annuelle de l’énergie » (PPE3).
UNE MISE SOUS TENSION DES MOYENS DE PRODUCTION PILOTABLES.
Depuis plusieurs mois, la CFE Énergies alerte, avec insistance, les pouvoirs publics sur les conséquences préoccupantes d’un excès de modulation imposée aux moyens de production dits pilotables – hydraulique, thermique et nucléaire.
Cette situation découle directement du développement massif, rapide et déséquilibré des énergies renouvelables intermittentes (ENRi) non pilotables comme le solaire ou l’éolien, contraignant les équipements pilotables à ajuster en continu leur production (variations rapides et fréquentes de puissance, voire arrêts répétés des installations).
UNE MODULATION DE PLUS EN PLUS FRÉQUENTE AUX EFFETS DÉLÉTÈRES
Cette modulation a pour effets :
– une dégradation de la sûreté et de la stabilité du système électrique ;
- – une accélération du vieillissement des installations ;
- – une hausse des coûts induits par l’augmentation des opérations de maintenance ;
- – une perte d’inertie pourtant indispensable au réglage de fréquence du réseau électrique ;
- – des pertes de production remettant en cause les modèles économiques,
- – une déstabilisation des équipes d’exploitation, contraintes de travailler dans des conditions qui tendent à s’éloigner des standards attendus de rigueur et de sécurité.
ÉCONOMIQUE ET STRATÉGIQUE
Essentiels à la sécurité électrique du pays, les moyens pilotables sont aujourd’hui fragilisés par ces exigences croissantes de modulation d’un nouveau genre. Ces dernières ne sont plus seulement liées à l’équilibre production-consommation (modulation conjoncturelle) mais également à la compensation due à l’intermittence des moyens de production ENRi (modulation structurelle).
C’est un changement de paradigme complet. Les moyens de production nucléaire et hydraulique, qui constituaient le socle de notre production, sont progressivement relégués à de simples variables d’ajustement, alors même qu’ils constituent la colonne vertébrale de la stabilité du réseau électrique français.
Une telle situation peut entraîner des répercussions sur la continuité d’alimentation mais également sur la bonne conduite de ces installations par les femmes et les hommes qui au quotidien assurent leur mission de service public.
C’est pourquoi la CFE Énergies fait le choix de vous présenter une note technique, basée sur une approche factuelle, relative aux effets de cette intermittence sur la production des différents moyens de production pilotables.
Après un premier courrier d’alerte adressé le 11 décembre au Premier ministre puis un second adressé le 23 décembre au ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et énergétique, la CFE Énergies demande la publication dans les meilleurs délais, du rapport technique d’EDF évaluant les impacts technico-économiques de la modulation.
Ce document constitue une base indispensable pour éclairer le débat public et orienter les choix structurants de la future « Programmation pluriannuelle de l’énergie » (PPE3), laquelle fixera prochainement la stratégie énergétique française pour la prochaine décennie.
POUR UNE PPE3 FONDÉE SUR LA MAÎTRISE TECHNIQUE ET L’INTÉRÊT GÉNÉRAL
La CFE Énergies demande que la PPE3 préserve durablement notre patrimoine de production et sa pérennité, garantisse la cohérence du mix énergétique au service de l’équilibre des réseaux électriques. Les orientations prises doivent témoigner d’une volonté de maîtrise budgétaire, avec le souci permanent d’assurer un coût énergétique compétitif.
La CFE Énergies porte ce message auprès des décideurs, avec pour unique objectif la construction et la préservation d’un système énergétique sûr, stable, durable et socialement soutenable.













